Trois leçons à retenir après le second tour de l’élection législative de Villeneuve-sur-Lot :

Il y a des victoires – celle de M. Costes, représentant local du parti de M. Copé – qui sont peu glorieuses. Il y a des défaites – celle d’Etienne Bousquet-Cassagne, candidat pour le Front national – qui sont prometteuses. C’est peu dire que le Front national est durablement incrusté dans le paysage politique français. Il en est désormais l’un des principaux acteurs. Au premier tour, comme il y a un mois dans l’Oise, il avait fait jeu égal avec les deux grands partis de gouvernement, le représentant de la formation qu’incarne pour l’heure l’ectoplasmique Harlem Désir étant même éliminé de la compétition, pour la cinquième fois depuis juin 2012. On ne s’étonne plus – même si l’on s’en inquiète ou l’on s’en effraie – des résultats enregistrés par le parti de Marine Le Pen. Tout s’attendait qu’à Villeneuve il frôlât la majorité, comme c’est le cas, certains allaient même jusqu’à pronostiquer sa victoire, et c’est tout juste si les médias ne qualifient pas de surprise le succès étriqué de M. Costes. C’est dire où l’on en est. Le fameux « plafond de verre » que le scrutin majoritaire et la coalition de tous les partis étaient censés interposer entre le FN et l’accès au Parlement ou aux municipalités est en train de se fissurer tout comme la cloison étanche que Jacques Chirac et les siens avaient hâtivement bâtie pour mettre fin à la porosité entre leur électorat et celui de Jean-Marie Le Pen.

Le Front républicain a vécu. Parce qu’il n’y a pas de raison que les citoyens de ce pays, s’ils sont républicains, fassent bloc contre un parti autorisé par la loi, étranger à toute violence et qui n’est pas moins républicain que ceux qui l’accusent de ne pas l’être. Parce qu’il faut choisir et qu’il faut décidément savoir si les préférences et les références dont se prévalent PS et UMP sont réellement incompatibles et irréductibles ou bien si leur convergence sur des point essentiels ne va pas jusqu’à la connivence et, dans ce cas, si le maintien de deux structures distinctes supposées incarner les deux faces du Janus politique n’est pas une illusion vide de sens, un artifice qui fait de moins en moins de dupes.

Le système bipartisan, cette bipolarisation, socle de notre vie politique depuis le début de la Ve République, qui fournissait des assises si stables et des sièges si confortables « auxdits grands partis de gouvernement » adversaires à la tribune, complices à la buvette, habilités à exercer un pouvoir dont ils ont fait le plus mauvais usage, est à bout de souffle. Ce n’est plus à partir des notions menteuses de « gauche » et de « droite », ce n’est plus pour un point de plus ou de moins de la TVA, de la CSG, ce n’est plus sur le taux directeur de la BCE que se fondent et que se fonderont les clivages, les ruptures, les recompositions, les alliances et les élections, mais autour des choix essentiels qui se font et se feront sur l’Europe, la souveraineté, l’identité et le destin de la France.

Dès à présent, Marine Le Pen peut substituer une nouvelle devise à celle qu’afficha longtemps le parti de son père. « Tête haute et mains propres », affirmait ce slogan. Aujourd’hui ce n’est plus seulement la tête qui est haute, mais le Front.

24 juin 2013

Partager

À lire aussi

Dominique Jamet : “Les Français apprécient chez François Mitterrand la bonne tenue, contrairement à Macron”

Un récent sondage place François Mitterrand meilleur président de la République de ces qua…