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Editoriaux - Le débat - Politique - Société - Table - 17 janvier 2014

Vie privée : la fuite de François Hollande

[…] J'ai été choqué de constater avec quel mélange de gravité et de désinvolture le président de la République a refusé de répondre aux questions sur sa vie privée et sur le vaudeville récent l'ayant à la fois affectée et révélée. Certes, il a accepté de nous indiquer que Valérie Trierweiler "se reposait" et on devine bien qu'elle en avait besoin, à la suite du choc sans doute subi.

Le Président s’est contenté d’un laconique “les affaires privées doivent se régler en privé”.

Ce n’est pas si simple. Ou trop facile.

Les affaires privées se règlent en privé, soit, sauf quand elles deviennent publiques. La question n’était pas de connaître les détails de ses péripéties amoureuses mais d’interpeller le Président sur leur incidence probable sur la fonction présidentielle et en tout cas sa représentation en France et à l’étranger. Il n’y aurait rien eu de choquant à exercer un droit de suite et à confronter à sa conception de la démocratie.

Cette manière de renvoyer l’éclaircissement à plus tard m’a semblé refléter une dignité, mais fausse, pour dissimuler un embarras considérable.

Je regrette d’autant plus cette abstention dilatoire que, dès la publication de Closer, il n’est plus personne – et c’est un progrès – qui ait soutenu sans nuance que le privé et le public, pour un président, était radicalement séparés et séparables. Sauf Alain Juppé, qui s’est fait une spécialité des formules décisives et roides mais, à bien les examiner, en général assez fausses. Le péremptoire a ses limites.

[…] À cause de ce lien inévitable entre d’un côté les séquences intimes, une fois connues au mieux pitoyables, au pire accablantes, et de l’autre l’apparence de gravité et de componction présidentielles, le Président non seulement n’aurait pas dû refuser le questionnement sur ce plan mais au contraire d’initiative l’aborder.

Nicolas Domenach a bien tenté de forcer le passage, mais rien n’y a fait. Il aurait fallu un journaliste encore plus pugnace – voire grossier – pour obliger le Président à percevoir la difficulté tenant au contraste entre ce qui a été dévoilé et l’honneur qu’on lui a fait en l’élisant.

C’était une échappatoire, une fuite.

Il a privé de parole les journalistes, il les a exclus avec maestria de sa parole privée dont bientôt il nous donnera les conséquences. Il y a de la condescendance là-dedans. Pas républicain vraiment, derrière l’allure superficielle !

[…] Alors qu’on a consenti aisément au Président le droit de ne pas s’expliquer sur la conception qu’il a de sa fonction, on fait un Himalaya, en revanche, de broutilles, de propos dérisoires, de plaisanteries peut-être douteuses mais pas gravissimes. […]

Un proche de NKM a laissé sortir de sa bouche que le dissident Charles Beigbeder était entouré “de bras cassés, le quota COTOREP de la campagne”.

À gauche, plusieurs voix indignées. NKM n’a pas eu d’autre solution que de condamner ces propos.

Pénélope Komitès, membre de l’équipe de campagne de la candidate PS à la mairie de Paris, a publié un communiqué où elle évoque — sans rire, je le crains — “le mépris inouï que cette équipe porte aux personnes en situation de handicap”.

C’est grotesque.

On sait tous ce qu’est le handicap et la COTOREP, on compatit mais cela ne devrait pas signifier qu’on ne peut pas s’autoriser des saillies, des boutades, des provocations, des vérités. Avec cet humanisme politiquement correct, on va vers la catastrophe. Une pensée, un écrit, une parole politique ou autre accepteraient sa tiédeur, voire son insignifiance si en permanence, même dans le débat, la controverse, la polémique, ils étaient tenus à un implacable sérieux, une insupportable gravité. On peut avoir du cœur pour les handicapés et faire de l’esprit sur telle ou telle catégorie de citoyens.

Ce n’est plus une République de bon sens et de rectitude que cette société et cet État où le Président se donne licence de ne pas répondre à l’essentiel et où on s’émeut au-delà de tout pour une boutade sans conséquence.

Où est l’erreur ?

Extrait de : La parole privée

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