« Vincent n’est pas en fin de vie », c’est la phrase qu’a répétée pour la énième fois David Philippon, l’un des demi-frères de Vincent Lambert, alors qu’un conseil de famille était convoqué mercredi matin à l’hôpital de Reims afin d’« engager une nouvelle procédure en vue d’une décision d’arrêt de traitement »

Une fois de plus, les membres de sa famille en sont ressortis déchirés, sous l’œil avide des caméras. Car l’« affaire Vincent Lambert » n’est plus seulement l’affaire d’une famille ravagée par un accident de moto survenu sept ans plus tôt – comme si cela ne suffisait pas -, c’est la France entière qui règle ses comptes avec la question de l’euthanasie.

D’un côté les parents de Vincent qui continuent à refuser catégoriquement l’arrêt des soins et qui n’ont qu’un souhait : faire sortir leur fils de l’hôpital de Reims pour l’accueillir chez eux, ou dans une maison spécialisée parce qu’ils n’ont plus confiance en la directrice du service où se trouve Vincent, celle-ci militant activement pour l’arrêt des soins. Ils viennent du reste de porter plainte contre le CHU pour tentative d’assassinat et maltraitante.

De l’autre côté sa femme, qui aimerait que tout s’arrête.

Le secret de leurs cœurs ne nous appartient pas, la question n’est certainement pas là.

Entre les deux parties irréconciliables de cette famille, des médecins, des juges, des hommes politiques et des millions de Français… Mercredi matin, un collectif d’infirmières a même rejoint le débat, pour apporter son soutien au personnel qui accompagne Vincent depuis des années et qui subit une pression énorme. Le collectif a réclamé à son tour que la volonté du malade « de partir sans acharnement thérapeutique soit enfin respectée ».

Et pourtant, la volonté de Vincent Lambert est impossible à déceler aujourd’hui, les médecins le reconnaissent. Un homme en bonne santé ne peut imaginer supporter un jour l’insupportable et les paroles de Vincent Lambert avant son accident ne disent rien de son désir de vie, ou de mort, aujourd’hui.

Ce qui est certain, c’est que Vincent Lambert vit et que l’« acharnement » qu’évoquent certains se résume à de l’eau et de la nourriture. Il est vrai que Vincent Lambert ne peut plus se nourrir seul, qu’il ne peut plus boire seul, qu’il ne peut même plus parler.

Mais la société fait-elle vraiment un progrès en imposant la mort à celui qu’elle ne parvient plus à comprendre, à saisir et même à regarder ? Un tribunal peut-il, en conscience, décider qu’une vie innocente vaut moins qu’une autre ?

C’est là, et uniquement là que se trouve la véritable question. Ni la douleur d’une mère, ni celle d’une femme n’indiquent la valeur de la vie d’un homme.

La vie de Vincent est passée au crible des tribunaux, des médias et de la classe politique… et pas un de ceux qui veulent aujourd’hui sa mort ne se soucie de savoir quelle beauté pourrait encore avoir sa vie. La question n’est même pas évoquée, seules la « légalité » et les décisions de justice ont droit de cité dans le débat.

Et quand bien même Vincent Lambert souhaiterait mourir, la société se grandirait-elle en l’y aidant ?

Faudra-t-il alors empêcher les pompiers de secourir ces malheureux qui se jettent d’un toit parce que leur vie ne semble plus avoir de sens ?

Drôle de société, qui propose la mort pour soulager quelqu’un qu’elle pourrait encore aimer.

Triste société qui n’a que la mort à la bouche quand elle ne peut plus regarder la souffrance en face, surtout…

17 juillet 2015

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