Editoriaux - Histoire - 14 janvier 2017

Vidéosurveillance des abattoirs : où étaient nos députés ?

Rappelez-vous : selon un sondage IFOP pour la fondation Brigitte Bardot et l’association Droits des animaux, publié le 10 octobre dernier, 85 % des Français s’étaient dits favorables à “la mise en place de la vidéosurveillance des abattoirs pour permettre le contrôle de la bonne application de la législation de protection animale et la sanction des auteurs de maltraitances ou d’actes de cruauté”.

Loin des feux médiatiques, le 12 janvier, à l’Assemble nationale, a eu lieu un déni de démocratie. Dans l’Hémicycle se jouait le sort du milliard d’animaux terrestres tués pour la consommation en France (source : FranceAgriMer, 2015), soit trois millions par jour. Et pourtant, presque 95 % des députés ont décidé de rester chez eux, ou avaient mieux à faire que de s’intéresser aux préoccupations des Français !

32 petits députés avaient donc fait le déplacement pour l’examen d’une proposition de loi dont la mesure phare était l’obligation d’installer des caméras de surveillance dans les abattoirs à partir de 2018. Il s’en est trouvé 4 pour voter contre (3 LR, 1 UDI), et 28 ont sauvé l’honneur (soit seulement 4,85 % de nos députés), qui ont choisi de respecter la voix du peuple.

Ce n’est pas la première fois, mais ce n’est pas pour cela qu’il ne faut pas le souligner, et l’accepter.

Le député représente la nation, indique le site de l’Assemblée nationale. Sur ce site est également retracée l’histoire de l’Assemblée nationale créée le 17 juin 1789 par les députés du tiers état, pour représenter “les quatre-vingt-seize centièmes au moins de la nation”.

545 députés sur 577 ne savent plus qu’ils sont là en vertu de la volonté du peuple et pour le représenter ! On est loin, très loin d’un Mirabeau, député du tiers état, et de sa célèbre apostrophe : “Allez dire à votre maître que nous sommes ici par la volonté du peuple et n’en sortirons que par la force des baïonnettes.” Aujourd’hui, c’est le contraire : il faudrait presque les baïonnettes pour les faire venir.

Précisément, sur quoi l’Assemblée nationale devait se prononcer ? Sur la proposition de loi du député Falorni « et plusieurs de ses collègues », en date du 9 novembre 2016, relative au respect de l’animal en abattoir, faisant suite au rapport de la commission d’enquête présidée par ce dernier, créée après les scandales dans les abattoirs (Alès, Le Vigan, Mauléon) en 2015. Après l’avoir rejetée en commission des affaires économiques (le 14 décembre 2016), elle a cette fois adopté (en première lecture) l’obligation de vidéosurveillance dans toutes les zones où des animaux vivants sont manipulés, à partir du 1er janvier 2018, à l’issue d’une expérimentation. 

Elle a également aménagé des sanctions pénales et prévu la création d’un comité national d’éthique des abattoirs.

On peine, toutefois, à se réjouir : ce n’est d’abord pas définitif (le Sénat devra se prononcer), mais ensuite, dans la même séance, a été rejeté l’amendement demandant l’interdiction de l’abattage des femelles le dernier trimestre de la gestation ! L’abattage rituel est passé à la trappe comme d’habitude. J’invite les lecteurs à se rapprocher de leur député pour leur rappeler le rôle d’un représentant du peuple.

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