Vidéos de maltraitance animale : les scandales se suivent et se ressemblent…

Le Monde (29 juin) révèle un énième scandale de maltraitance animale au sein de deux abattoirs français, l’un à Pézenas dans l’Hérault, l’autre à Puget-Théniers dans les Alpes-Maritimes. Ayant eu accès à des films clandestins réalisés entre novembre 2015 et fin mai 2016, le quotidien relate des scènes assez insoutenables de cruautés diverses infligées à « de nombreux animaux mal étourdis repren[ant] conscience lors de la saignée ou de la suspension à la chaîne », à un « mouton cherch[ant] à fuir, la gorge ouverte et en pleine conscience » ou encore à « un veau saigné [qui] tentera de se relever pendant deux minutes entières, à moitié décapité, la tête dans un bac de sang ».

Courts extraits d’un chapelet lugubre où s’égrènent d’innombrables « poussins étouffés dans des sacs plastiques, jetés vivants dans des bennes à ordure ou passant conscients dans un broyeur » et autres « cochons et porcelets mal étourdis recevant des décharges électriques ». Difficile de rester insensible devant, nonobstant, ce que l’on qualifiera de pire tartufferie de la postmodernité. En effet, combien sont ceux d’entre nous s’émouvant d’un animal « domestique » (sans parler des « NAC », tels ces serpents, scorpions et arachnides entendus désormais comme « nouveaux animaux de compagnie ») abandonné par ses maîtres sur le bord d’une autoroute à l’occasion des migrations estivales, tout en se gardant d’une once d’empathie devant une belle bavette d’aloyau aux échalotes ?

Le problème de la maltraitance animale aujourd’hui est symptomatique du dysfonctionnement profond de nos sociétés prétendument avancées. L’association « anti-spéciste » (en substance, l’anti-spécisme interdit d’opérer des discriminations entre l’homme et l’animal, motifs pris que l’un comme l’autre appartiennent à la même espèce du « vivant ») L214 (tirant son nom de l’article L.214-1 du Code rural selon lequel tout animal est « un être sensible ») pointe très pertinemment que « les scandales se suivent et se ressemblent. Il est illusoire de penser que l’on peut tuer trois millions d’animaux par jour en respectant la réglementation ».

Précisément, parce que l’humanité connaît une explosion démographique sans précédent dans son histoire (sur un temps rétréci puisque, de 1950 à 2015, la population mondiale a fait un bond de 2,52 à 7,24 milliards d’habitants tandis que, de 2000 à 2005, celle-ci a crû de 1,7 million de personnes par semaine !) et que le Sud (84 % de la population mondiale) transite massivement vers le Nord (16 % de la population mondiale) où se concentrent 70 % de la richesse mondiale, la méga-industrie agroalimentaire a beau jeu de prétendre vouloir « nourrir la planète », quand elle exploite cyniquement le filon le plus rémunérateur de tous les temps.

Si l’on doit au christianisme d’avoir introduit la césure fondamentale entre humanité et animalité, au point de ravaler celle-ci à une pure « bestialité », un penseur comme Descartes a renforcé cette conception dualiste (qui sera reprise, plus tard, par l’idéologie du progrès) de la nature (animale) radicalement séparée de la culture (la raison humaine), celle-ci ayant pour mission émancipatrice de dominer celle-là.

Dès lors, la maltraitance animale n’est que la conséquence mécanique et irrésistible de ce processus d’arraisonnement du monde (le « Gestell » heideggérien). La démesure humaine en ce domaine fait perdre de vue qu’en portant atteinte à cette part « autre », certes foncièrement différente (différence de degré et de nature) mais irréductible de notre humanité que sont justement les bêtes (Aristote excipait déjà de cette dimension ontologique dans ses Politiques), nous nous réservons des jours funestes.

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