Une victoire facile de la liberté d’expression

“- Erri De Luca : le TAV (TGV en italien) doit être saboté. Voilà ce à quoi servent les cisailles : elles sont utiles à couper les grillages. Aucun terrorisme.

Huffington Post : donc, sabotages et vandalismes sont licites ?

– Erri De Luca : ils sont nécessaires pour faire comprendre que le TAV est une œuvre nocive et inutile.

Huffington Post : votre position est claire. Mais antithétique à celle prise par le gouvernement.

– Erri De Luca : ce n’est pas une décision politique mais une décision prise par les banques et ceux qui en tireront profit au détriment de la vie et de la santé d’une entière vallée.”

Pour ces propos de 2013 à l’édition italienne du célèbre blog politique américain, l’écrivain italien a été poursuivi pour “incitation à commettre des délits” par la société LTF Lyon Turin Ferroviaire, dont le projet de TGV est contesté pour sa superfluité, son coût astronomique, ses infiltrations mafieuses et les dégâts environnementaux qu’il provoquerait.

Lundi 19 octobre, Erri De Luca a été acquitté, le fait ne subsistant pas.

Acclamations dans la salle. Pancartes “Je suis Erri”. Incantations victorieuses contre le “fascisme”. Et lui n’en démord pas et réitère aux journalistes présents à sa sortie triomphante du tribunal que, oui, le TAV doit être saboté.

Tous les clichés sont réunis derrière un procès, certes injuste et qui ne devrait pas avoir lieu d’être (si nos régimes postdémocratiques n’avançaient pas lentement vers toujours plus de censure), mais un procès pas très menaçant non plus quand on est une des vedettes des “talk-shows” de la bien-pensance. Que les auteurs accrédités par le système soient victimes de leurs propres dires, il ne manquerait plus que ça !

Saluons tout de même cette victoire de la liberté d’expression tout en rappelant que, dans nos républiques occidentales, chantres des “droits de l’homme”, le respect du droit de s’exprimer librement sans craindre les foudres des tribunaux devrait être la norme, et être appliqué pour tout et pour tous. Avec, idéalement, pour seules et uniques limites la calomnie et la diffamation. On en est bien loin.

Ce que l’on regrettera, c’est que comme tout bobo qui se respecte, cet ex-militant communiste en appelle à la démocratie quand ça l’arrange : démocratie pour les habitants du val de Suse qu’il a toujours soutenus avec ardeur et qui devraient, selon lui, être consultés sur le passage d’une ligne ferroviaire dans leur contrée, mais déni de démocratie pour les populations spectatrices impuissantes de l’installation de millions d’étrangers sur leur sol. Pas un mot de soutien pour ces autochtones qui peuvent souffrir – d’une manière ou d’une autre – de l’immigration de masse qu’il ne cesse d’encenser. Aux “migrants”, son autre cheval de bataille, à qui il a entièrement dédié son dernier recueil de poésies.

On va quand même pas appliquer démocratie et talent à tout le monde, non ?

À lire aussi

Poursuivi pour séquestration de personnes, Matteo Salvini fait le buzz

Depuis le blocage du Diciotti, aucune embarcation n’a quitté les côtes libyennes. …