Editoriaux - Médias - Politique - Table - 5 avril 2015

Via Crucis : le pape face aux barbares

Rendons hommage au pape François pour son courage. Lors du chemin de croix, il a osé s’exprimer clairement au sujet des persécutions dont sont victimes les chrétiens de par le monde. « Aujourd’hui, nous voyons nos frères persécutés, décapités et crucifiés pour leur foi en Toi, sous nos yeux ou souvent avec notre silence complice », a déclaré, de sa voix douce, le Saint-Père, qui est allé jusqu’à dénoncer la « furie djihadiste », sa « brutalité insensée » ! On est loin du honteux communiqué de l’Élysée qui, au sujet de la tuerie de l’université kenyane, omettait de préciser que la plupart des victimes furent froidement abattues du fait de leur appartenance au christianisme. Aujourd’hui, nos grands médias accordent une place démesurée au projet de lycéens de s’attaquer à une mosquée de Montélimar. Ce projet, s’il est confirmé, est bien sûr condamnable et ses concepteurs mériteront d’être punis. Mais qu’est-ce qui est plus grave, entre un projet non exécuté et l’attaque de l’université de Garissa ? Attaque durant laquelle un tri ignoble a été fait entre musulmans, dignes d’avoir la vie sauve, et chrétiens, à massacrer. Que fait notre intelligentsia, si prompte à s’indigner lors de la tuerie de Charlie Hebdo ? Où sont les pétitions, les manifestations de rue et les pancartes « Je suis un étudiant kenyan chrétien » ?

Il est urgent de prendre conscience du péril qui menace le monde. Ce péril, il faut oser dire son nom, comme l’a fait le pape. Il se nomme djihadisme. Par ses actions délibérément cruelles et odieuses, il n’est pas inexact de qualifier ce terrorisme islamiste de nouveau nazisme, voire de nazislamisme. Cette vague monstrueuse n’a pas de frontières, elle sévit sur au moins trois continents avec des méthodes similaires, que ce soit au Nigeria, au Mali, au Kenya ou en Tunisie, au Pakistan, en Irak ou en Syrie, à Montauban, à Toulouse, à Bruxelles ou à Paris. Le calcul électoraliste consistant à refuser de nommer ce péril, par crainte d’« amalgame », revient à faire la politique de l’autruche. Les conséquences de cette politique sont désastreuses et elles le seront encore davantage demain. Non, il ne s’agit pas de stigmatiser les musulmans, dont les droits individuels sont garantis par la Constitution française, comme ceux de tous les citoyens. Il s’agit de dénoncer la minorité inculte prétendant parler au nom de l’islam. En la dénonçant clairement, aucun amalgame n’est fait, bien au contraire. Il s’agit même d’un service à rendre à la majorité des musulmans, qui a bien du mal à se faire entendre.

N’oublions pas que bon nombre des victimes de cette barbarie islamiste sont des musulmans, depuis les Nigérians du Nord jusqu’aux chiites ou aux soufis, de la Libye au Pakistan en passant par l’Irak. Certes, les communautés chrétiennes d’Orient et les Yazidis sont les premières victimes des nazislamistes de l’État islamique et il est juste de se solidariser avec eux. Il ne faut pas rester « neutre », comme le voudrait la RATP, qui a interdit de mentionner les chrétiens d’Orient dans une campagne publicitaire pour un concert. Les bourreaux de l’État islamique savent utiliser de manière redoutable les nouvelles technologies pour mettre en scène leurs crimes odieux. Il convient d’utiliser les mêmes moyens qu’eux afin de les dénoncer et de démonter leur propagande mensongère et obscurantiste. Pour cela, il faut dénoncer courageusement, comme le pape François l’a fait durant la Via Crucis, cette nouvelle barbarie.

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