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Finkielkraut fait son show à ONPC face aux hyènes de la bande à Ruquier et paraît à la une du Figaro. Idem pour Onfray, dont le procès en sorcellerie est instruit par Libération. Pour Régis Debray, c’est la une du Point à propos de son livre-testament, où “il achève la gauche et les idéologies en toc de notre temps”.

Semaine faste pour les intellectuels en rupture de ban avec l’idéologie libérale-libertaire ! Sans compter ceux qui font entendre cette petite musique depuis plus longtemps, sans avoir les mêmes talents de communicants, les Gauchet, Manent, Raynaud, à qui on peut rajouter, dans leur domaine, les Guilluy, Sorel, et Tribalat. Certains d’entre eux doivent se retrouver à la Mutualité le 20 octobre à l’invitation de Marianne, et Bertrand Dutheil de La Rochère, le trésorier du RBM, leur a fait de l’appel du pied dans une tribune.

Nous avons changé de paradigme. La “pensée 68” est morte, et si la bande des quatre – Finkielkraut, Zemmour, Onfray, Debray – plus Houellebecq est si présente dans les médias, ce n’est pas que l’oligarchie veuille leur faire plaisir mais c’est qu’ils font vendre (des journaux, des livres et des audiences télé) quand les BHL, Cambadélis ou Duflot font des bides. Joffrin et Ruquier font mine d’ignorer que journalistes et animateurs ne sont plus que des marchands de soupe en quête de parts de marché.

Il y a cependant une double ambiguïté avec nos intellectuels à succès. À part Zemmour qui s’affiche sans complexe d’une droite bonapartiste, les autres ont trempé peu ou prou dans le gauchisme et ont du mal à dire qu’ils se sont trompés. Onfray qui persiste à se dire libertaire tout en rejetant le libéralisme n’est pas crédible, comme son “deux pas en avant un pas en arrière” sur l’islam.

Surtout, quoiqu’ils s’en défendent et disent ne pas vouloir être instrumentalisés, presque rien ne les différencie du FN, et d’avec ses supposées “idées”, qui ne sont que vérités répétées depuis 40 ans : sur l’immigration, l’insécurité, la précarité, les abandons de souveraineté, l’européanisme, l’oligarchie politico-médiatique. Alors pourquoi nos souverainistes ne déclarent-ils pas leur flamme ?

Parce que les intellectuels ont leurs faiblesses. Parfois veules et lâches, ils veulent être aimés. Ils ont, si ce n’est une audience médiatique à préserver, un fonds de commerce éditorial à faire prospérer, et n’ont pas le courage d’un Camus, Millet ou de Benoist. Car se prononcer en faveur du FN vous fait passer dans le camp des pestiférés.

Le souverainisme de gauche, défendu par Chevènement, a disparu, si tant est qu’il eût jamais existé. La question tient au renforcement possible de l’espace politique souverainiste à la gauche du FN et à la droite des LR, dans la perspective de ralliements futurs, indispensables dans notre système à scrutin majoritaire, ce que le FN a appris à ses dépens aux dernières départementales. Nos intellectuels resteront-ils dans la posture, sans s’engager ? Sont-ils libres ou jouent-ils les supplétifs sarkozystes ? Veulent-ils faire du lepénisme contre le FN, et en se bouchant le nez par-dessus le marché ? Gageons que Marine Le Pen n’a pas besoin de leur caution morale, tout au plus de leur tacite assentiment.

7 octobre 2015

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