Corse : bleu comme la nuit

Les nuits sont « bleues » en Corse : c’est dire qu’elles y sont blanches et rouges, qu’elles sentent la nitropenthrite et la poudre. Soixante-dix plasticages depuis le début de cette année, taux d’élucidation 0 %… Vingt assassinats depuis le début de cette année, taux d’élucidation 0 %. Comment pourrait-il en être autrement quand personne sur l’île ne voit ni n’entend rien, ne sait ou ne dit rien ? Comment pourrait-il en être autrement quand la police, soit infiltrée soit impuissante, n’a ni yeux ni oreilles ni bras ? Comment pourrait-il en être autrement quand la classe politique, les notables, les médias y sont soit complices soit prudents ? Comment pourrait-il en être autrement quand la population balance entre peur et connivence et qu’elle n’a le choix que d’être terroriste ou terrorisée ?

Mais, dira-t-on, les douaniers de Calvi, dans l’exercice de leur métier, ont intercepté par hasard, on n’ose dire par mégarde, un homme, « proche des milieux nationalistes », plus précisément déjà condamné pour d’autres attentats, qui se promenait dans le coin avec charges explosives et mèches lentes… Ce pourrait être le début du fil, qui déroulerait progressivement toute la pelote. Allons donc ! Le plus probable est que ce sympathique noctambule saura se montrer discret, qu’il avouera qu’il allait à la pêche ou à la chasse au gros gibier et que son avocat obtiendra son acquittement ou la plus légère des condamnations puisqu’il n’y aura pas eu (et pour cause) commencement d’exécution !

Rien n’incite à croire, en dépit de déclarations solennelles et solennellement réitérées, que notre semblant d’État viendra à bout des assassins qui, quand ils cherchent à faire leur publicité, se réclament du nationalisme mais qui, le plus souvent, anonymes et taciturnes, ne se réclament plus de rien du tout. Le terrible M. Pasqua n’est pas venu à bout du fléau, et pas plus l’inflexible Jean-Pierre Chevènement, et pas davantage le très professionnel Claude Guéant. Ferait-on crédit à Manuel Valls de sa sincérité et de sa volonté de « harceler » les tueurs et les saboteurs, on doute qu’il obtienne de meilleurs résultats.

La dernière fois que la République s’est manifestée en Corse, c’était après l’assassinat du préfet Claude Erignac, loyal haut fonctionnaire, mais trop civilisé pour venir à bout de la barbarie. Aux élus nationalistes de l’Assemblée de Corse qui, goguenards, narguaient son successeur et lui demandaient d’entrée pour combien de temps il était là, celui-ci, Bernard Bonnet, répliquait : « Je partirai quand vos amis cesseront le racket, je partirai quand vos amis cesseront de déposer des explosifs, je partirai quand vos amis cesseront d’assassiner dans les fêtes de village. » C’était en 1998 et ce fut lui, hélas, qui repartit dès l’année suivante, la tête basse, lâché par son gouvernement, condamné par les tribunaux pour avoir cherché à atteindre son but, le rétablissement de l’ordre public, en recourant à des méthodes qui correspondaient à la situation mais que réprouvait la loi.

Depuis la chute du préfet Bonnet, plus rien de sérieux n’a été tenté en Corse. Pour rétablir la paix sur cette portion du territoire national, c’est un Saint-Just qu’il faudrait aujourd’hui, ou un Clemenceau. Avec les pleins pouvoirs.

Les Verts n’ont plus de père

Il existe normalement trois cas de figure en politique : un parti peut participer à un gouvernement que, dès lors, il soutient naturellement. Il peut refuser et soutien et participation à un gouvernement qu’il désapprouve et qu’il combat. Il peut soutenir un gouvernement dont il approuve globalement l’orientation sans l’approuver en toutes choses et donc, sans y participer. EELV a choisi une quatrième posture : le parti a des ministres dans un gouvernement qu’il combat cependant. C’est la participation sans soutien. Le Parti communiste français, au faîte de sa puissance, prétendait tenir cette position insoutenable en 1947, ses ministres restant au gouvernement et ses élus refusant les crédits demandés par ce même gouvernement pour la guerre d’Indochine. Le président du Conseil socialiste S.F.I.O., Paul Ramadier, mit rapidement un terme à cette comédie en rendant ses ministres communistes à la cohérence et à l’opposition. Le président Hollande tardera-t-il encore longtemps à prendre une décision qu’impose l’attitude schizophrénique de cette composante aberrante de sa majorité.

Ces Verts sont décidément de drôles de corps. Si la Révolution, comme Saturne, dévorait ses enfants, eux jettent leurs parents aux poubelles de l’histoire. A-t-on remarqué qu’aucun des quatre leaders historiques de l’écologie en France n’est plus persona grata au sein d’une nébuleuse qui n’est plus depuis longtemps que le champ clos des ambitions personnelles, des luttes fratricides, des excommunications majeures et des croisades démagogiques ? Ni Antoine Waechter qui professait que l’écologie, transcendant les partis et irriguant la société, n’était ni de droite ni de gauche, ni Brice Lalonde, qui a pris ses distances et préféré l’action au sein de l’Organisation des Nations Unies aux parlotes et aux chapelles, ni Nicolas Hulot, bien trop populaire pour avoir été préféré par ses prétendus camarades à Eva Joly lors de la dernières élection présidentielle, avec les résultats que l’on sait, ni enfin Daniel Cohn-Bendit, seule tête politique d’EELV, écarté pour avoir hissé son parti à des niveaux jamais atteints et y avoir gagné quelque popularité, et définitivement écœuré. Place donc aux Duflot et aux Placé, aux Voynet et aux Bové, aux dents longues et aux têtes creuses, aux dogmatiques et aux démagogues… Messieurs les Verts, tirez-vous les premiers !

Egypte : perseverare diabolicum

Mohamed Morsi, président de la République égyptienne, appartient depuis toujours à la confrérie des Frères musulmans. A ce titre, il rêve d’étendre à son pays, puis, s’il se peut, à l’ensemble des pays arabes, la loi de la charia. Rien d’étonnant s’il donne des coups de calife dans le contrat d’embauche qu’il tient après tout des émeutes de la place Tahrir. S’il a reculé temporairement devant l’opposition en retirant le décret qui lui conférait un pouvoir dictatorial, c’est pour mieux faire sauter la démocratie par le biais du referendum qu’il propose à un peuple habitué à la servitude et encadré par les structures de son parti. Il n’y a là rien de mystérieux.

Ce qui est fâcheux, c’est que les États-Unis, parce qu’ils ont passé une alliance immorale avec les ennemis d’Al Qaida et de l’Iran, parce qu’ils se sont acoquinés avec les monarchies obscurantistes du Golfe, soutiennent Morsi contre la partie la plus vivante, la plus libérale, la plus pro-occidentale du peuple égyptien, comme ils ont soutenu jadis les dictatures asiatiques et latino-américaines par peur du communisme. Il y a là une obstination dans l’erreur qui est inexcusable.

Le retour du cavalier

Berlusconi n’a-t-il jamais entendu parler du combat de trop ?

10 décembre 2012

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