Le Grand Remplacement idéologique des années 2000 aura frappé le FN plus vite que la France : voyez ce que sont devenues les droites et les gauches dans notre Europe inféodée, et vous comprendrez… Le parti de la pensée sauvage, comme disait Baudrillard, est devenu celui de la pensée BCBG des nouveaux louveteaux de la petite bourgeoisie fonctionnarisée. Les bonnes âmes et les jeunes dans le vent se félicitent de l’expulsion du vieil homme indigne, mais il n’en demeure pas moins que ce fâcheux précédent annonce d’autres règlements de comptes dans l’explosive auberge espagnole qu’est devenu le Front national.

Comparaison est ici raison : le Front national est devenu avec Marine le Pen une auberge espagnole ; on n’a plus besoin d’y être patriote, judéo-chrétien, acculturé à droite, entrepreneurial affolé par les temps nouveaux, ou tenant d’une certaine idée de la France. On peut y être gay, musulman actif, ouvert sur le monde postmoderne, hyper-laïc, libertaire, anticapitaliste, partisan des impôts nouveaux et nombreux, bavard lascif (voyez Philippot toujours fourré sur les plateaux télé), petit rocker, soixante-huitard en fait.

De plus autorisés que moi l’ont certifié : Jean-Marie Le Pen lui-même, Jean-Claude Martinez, Paul-Marie Coûteaux. Ceux qui ont un peu de mémoire se rappelleront aussi que la fronde de 1997-1998 était liée à un rejet du népotisme et du personnage de , pas seulement aux appétits politiciens du « félon » Bruno Mégret. Les cadres n’en pouvaient plus et je me souviens d’un autre Martinez – Serge – qui brandissait la fiche de paie de l’héritière qui lui avait monté au nez comme une mauvaise moutarde. On comprit peu après que l’on n’avait pas affaire, comme le pensait l’excellent Stéphane Denis, à une farce façon Labiche, bien plutôt à un remake politicien du roi Lear avec le patriarche qui se trompe d’héritière – et qui ne cesse ensuite de s’en mordre les doigts.

Les mêmes causes auront les mêmes effets. Il était facile de sortir le vieux père pour ses jeux de mots qui agacent la maréchaussée médiatique, mais il est clair aussi que le nouveau FN ne plaît pas à tout le monde. On vote pour lui faute de mieux et on est très conscient, à tous les niveaux, que le bât blesse entre l’élite multiculturelle et néo-marxiste et la base rebelle et révoltée par notre classe politique. , cette base rebelle va pouvoir voter à sa guise aux prochaines régionales, et voter à sa guise, c’est bien sûr voter Marion Le Pen, obligée, le couteau sous la gorge cette fois-ci, de démentir son grand-père, mais tout de même plus représentative des idéaux de son parti et du petit peuple de droite. La montée de Marion Le Pen, qui a tout pour elle – la jeunesse, la beauté, le pouvoir oratoire, les convictions aussi (à comparer avec le désastreux minet Dussausaye, mué en icône pop des Inrockuptibles en février dernier) – sera alors évidente aux yeux de tout le monde.

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