Verdun fut, si l’on peut dire, le temps fort de la Première Guerre mondiale, l’expression la plus symbolique d’un changement de paradigme pour notre vieille civilisation. Tout y est gigantesque, tout y est indépassable…

Mais en parle-t-on vraiment ? Les si prompts à surenchérir dans l’émotion victimaire s’en sont-ils emparés ? Eux et leurs experts si friands de catastrophisme se sont-ils indignés d’un tel carnage ? Ont-ils surtout cherché à l’expliquer ? Évidemment non, puisque la guerre en général, et celle-ci en particulier, devient un sujet sinon tabou, du moins incompréhensible ! La guerre est peut-être une pathologie sociale, la guerre est sans doute un phénomène inhérent et consubstantiel à notre humanité. Cuistres ou savants n’en diront mot et s’appliquent à l’évacuer comme objet d’étude. La polémologie est devenu une science en déshérence!

Quant à la “Grande Guerre”, celle que Brassens préférait entre toutes, elle laisse sans voix la plupart de nos contemporains. L’anecdote remplace l’analyse. Les derniers acteurs, les derniers témoins ayant disparu, la relation historique a laissé la place à l’émotion sublimée. Notre époque, incapable d’expliquer pourquoi tant d’intellectuels, tant d’esprits forts se sont fait tuer pour quelques arpents de… boue ! Notre époque incapable de comprendre cette mobilisation des peuples, notre époque, bien obligée aujourd’hui de commémorer l’incompréhensible, s’y livre donc du bout des lèvres avec la grille d’analyse qui est la sienne : à savoir un individualisme forcené. La guerre, acte collectif par essence, devient la somme de destins individuels.

Et de nous submerger de reportages, d’articles et d’émissions sur la souffrance du poilu, les occupations du soldat, le quotidien du combattant, le sacrifice d’hommes toujours indifférenciés et déjà victimes. Des masses et des individus ballottés dans la grande lessiveuse de l’Histoire !

Comme si les hommes ne savaient pas pourquoi ils montaient au front. Comme s’ils ne savaient pas, d’eux-mêmes, juger et jauger l’engagement. Comme si les officiers, l’état-major, les politiques, tout l’appareil des États n’existaient pas !

Mais de la grande lessiveuse, on ne nous dira rien ! Qui l’a mise en marche ? À quels jeux se livraient les grandes puissances d’alors ! Où étaient les menaces, les ambitions, les enjeux ? Ne pouvait-on pas arrêter cette guerre plus tôt ? Combien de morts sont redevables à l’obstination de Clemenceau ? L’intervention américaine, nulle sur le plan militaire, ne fut-elle pas lourde de conséquence dans les traités de paix qui suivirent l’armistice ?

Autant de questions, autant de débats que les chaînes de se sont bien gardées de nous offrir. Pas la moindre confrontation d’historiens, pas la plus petite “polémique” sur les plateaux, aucune réflexion pertinente, aucune idée percutante… Rien, vous dis-je ! Rien ! 300.000 morts ne méritent, en termes d’évocation, que la lettre à la fiancée ou le quart de pinard !

Les jeux du cirque médiatique valent mieux que les enjeux tragiques de l’Histoire.

12 mars 2016

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