Agacé par le débat en cours autour de son déplacement à Berlin, Manuel Valle, dédaigneux, voire un tantinet arrogant, a décidé, de guerre lasse ou dans une optique défensive, que si cela pouvait plaire au petit peuple, il aurait « l’élégance » de rembourser la part du voyage relative à ses deux fils.

Cela peut-il mettre un terme à la controverse ?

Que nenni !

Ce geste, exécuté et sans doute perçu comme un camouflet envers la « charte de déontologie » ministérielle, devrait renforcer le sentiment d’un abus de biens publics dans l’esprit d’une grande partie des citoyens concassés par la crise et ficelés par une politique économique et sociale incohérente dont il est le metteur en scène. Une injustice commise à l’égard de la collectivité.

Le code d’éthique élaboré en 2012 prévoit que “seules les dépenses directement liées à l’exercice des fonctions sont prises en charge par l’État”.

Le Premier ministre était-il en mission à Berlin ou s’y trouvait-il pour convenance personnelle ? La question est simple, la réponse est évidente : l’État n’avait rien de concret à attendre d’un tel voyage, sinon un surcroît de dépenses inutiles. Le Premier ministre, lui, cherchait un agrément que son lien identitaire autant que son goût du ballon rond pouvaient lui procurer “en live” dans l’Olympiastadion de la capitale allemande.

Certaines voix s’élèvent ici ou là pour arguer que “la France n’en est pas à 15 ou 20.000 € près”. Certains vont même jusqu’à avancer que les membres du gouvernement, accablés du poids de leurs responsabilités, méritent bien quelques menus plaisirs que l’État peut bien leur octroyer généreusement. Il va de soi que l’ensemble des travailleurs de France, cadres ou employés, n’ont, eux, aucun souci particulier et donc aucune raison de revendiquer quelques largesses étatiques.

Certes, dans le flot de tous les déficits et dans la marée de la dette, cette somme paraîtra dérisoire.

Mais là n’est pas la question.

Comment peut-on tolérer que le chef du gouvernement de la France, qui demande tant d’effort justifiés à tous « les sans-dents » du pays, s’autorise un tel écart aux frais des contribuables ?

Où est la République irréprochable ? On paraît en être bien loin.

Dès lors, l’attitude du Premier ministre, espèce de faux Saint-Just dont les principes vertueux ne semblent concerner que ses adversaires, devient carrément insupportable de morgue et d’insolence.

Toutes ses justifications successives paraissent pour ce qu’elles sont, c’est-à-dire des mensonges comme moyen d’absolution, un prétexte politique pour cacher la réalité privée du déplacement.

La prévarication, quel que soit l’ampleur du préjudice, ôte à son auteur, surtout celui si haut placé, une part de sa légitimité mais, surtout, toute sa crédibilité.

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