Accueil Discours Valls-Taubira : la guerre des deux aura bien lieu

Valls-Taubira : la guerre des deux aura bien lieu

Il y a peu de temps encore, ils affichaient leur bonne entente, sourire aux lèvres et main dans la main. À les en croire, il n’y avait pas entre eux l’ombre d’un dissentiment, pas même l’épaisseur d’une feuille de route. Manuel Valls et Christiane Taubira marchant d’un même pas et regardant dans la même direction, en couple pour la vie, façon Philémon et Baucis, c’était si beau que ça n’avait pas tout à fait l’air d’être vrai et qu’on avait envie de leur demander s’ils n’en faisaient pas un peu trop.

Le beau masque est tombé. La lettre adressée le 25 juillet dernier par Manuel Valls à François Hollande, en cachette de sa collègue, et publiée avant-hier par Le Monde (au fait, d’où vient la fuite ? Aucune piste n’est écartée, comme aiment à dire les enquêteurs dans leur langue de bois), marque, avec la fin d’une fiction, une rupture prévisible et logique.

On pourrait se contenter d’y voir le retour à la classique répartition des rôles, des postures et des discours entre l’Intérieur et la Justice, la place Beauvau et la place Vendôme, le réalisme policier et l’angélisme des belles âmes rousseauistes, chacun défendant sa clientèle et son pré carré, l’un se faisant le porte-parole du syndicat Alliance et l’autre celui du Syndicat de la magistrature, une reprise du vieux match entre les gendarmes et les valeurs. Le différend est plus fondamental et met en lumière l’incompatibilité entre deux idéologies et deux politiques.

Ce n’est pas seulement sur la méthode que M. Valls conteste la façon dont sa collègue et néanmoins adversaire a préparé sa réforme pénale en avançant le beau prétexte de la recherche du consensus pour n’y associer que ceux qui lui étaient acquis. Mme Taubira croit que le crime est une invention de la société, que l’homme est naturellement bon et que la prison le pervertit, et qu’il faut donc autant que faire se peut substituer la probation à la punition et prendre le risque de la récidive pour éviter celui de la répression. En foi de quoi elle préconise le bracelet électronique, la libération conditionnelle et la suppression des peines plancher, et préfère vider de leurs occupants les maisons d’arrêt plutôt que de construire de nouveaux bâtiments qui permettraient de concilier les exigences de la société et celles de la dignité humaine. C’est une position estimable et respectable qui n’a que le défaut d’être contraire à la raison, moralement choquante et socialement dangereuse. Le laxisme de la Chancellerie a d’ailleurs conduit nombre de juges à prononcer des condamnations plus lourdes que ne le vaudraient les faits incriminés afin que les condamnés exécutent au moins une partie de la peine qu’ils ont méritée. M. Valls pense au contraire, ce qui est du dernier banal et du dernier ringard, que tout délit doit être sanctionné. L’opinion a la faiblesse d’abonder et même de surabonder dans son sens, qui est le bon.

Là-dessus se greffe le fait que Mme Taubira, qui est à l’apogée de sa carrière et a atteint puis dépassé son seuil de compétence, ne se croit tenue de ménager personne et se laisse aller sans complexe à son tropisme de gauche, quitte à tomber du côté où elle penche. M. Valls, pour sa part, nourrit et même suralimente ces derniers temps une ambition personnelle qui prime sur la solidarité gouvernementale et sait que pour voir sa carrière tourner au destin national, il aura besoin un jour ou l’autre d’ajouter des voix venues de droite à celles qui lui tomberont toutes rôties du ciel de la gauche. D’où le conflit qui vient d’éclater.

C’est à François Hollande que Manuel Valls a demandé de trancher, c’est-à-dire de choisir entre des promesses de campagne que le candidat avait transmises au président, mais que le président souhaitait apparemment garder sous le coude, et le besoin de sécurité qu’exprime une majorité de Français, en montrant à tout le monde et à Mme Taubira qui est le patron. L’estivant de la Lanterne se serait bien passé de ce devoir de vacances. On notera au passage que le ministre de l’Intérieur se soucie comme d’une guigne du protocole républicain et qu’il n’a pas daigné faire transiter sa missive par Matignon. Il est vrai, pour reprendre le propos de
M. Karoutchi, que le Premier ministre est désormais préposé à l’organisation de goûters d’enfants.

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