Le talent de Valls, c’est l’éloquence du menton. Après chaque fait divers qui témoigne de la médiocrité des résultats de son action, il est sur les lieux et le port droit, le regard ferme, affirme que c’est « inacceptable, inadmissible, intolérable ». La foule applaudit. Quel homme ! De gauche, mais sécuritaire, voire autoritaire. Évidemment, à la longue, il va lasser…

Alors, devant l’ampleur de son échec marseillais, le “Grand Chaman de l’Intérieur” a lancé une nouvelle incantation : le pacte national ! On en tombe par terre. Ah, la toute-puissance de la pensée, la force irrésistible des mots… À peine l’ont-ils entendu, dans les quartiers Nord, qu’ils en ont été foudroyés, anéantis ; qu’en colonnes ils se pressent devant les commissariats pour se constituer prisonniers… et être libérés aussitôt par manque de place.

Pourtant, sans doute pour plaire aux classiques conservateurs de droite, on ne peut pas dire que l’impérieux Manuel cultive l’originalité. On se souvient de l’utilisation efficace par Séguin du « pacte républicain ». Il l’avait soufflé à Chirac pour effacer la fracture sociale. L’illusion avait réussi. Chirac a été élu, l’illusion s’est dissipée et le nouveau Président n’a rien fait sauf dissoudre l’Assemblée nationale. Depuis, très régulièrement, le « pacte » est ressorti de sa boîte et permet d’annoncer des mesurettes ou de ne rien faire du tout.

Tout est dans la manière de dire. Le pacte, c’est important et, quand il est républicain, quasiment sacré. Alors, il est utilisé sur tous les bancs, de pour justifier sa politique hospitalière jusqu’à Ciotti pour fustiger la future loi Taubira. Le mot sert même pour les traités entre États, comme celui de Varsovie, ou pour désigner la Constitution, comme en Suisse. Il y a là-dedans un parfum qui mêle subtilement l’égalité pleine de respect mutuel des contractants à la hauteur morale de leur engagement. Ajoutant « républicain », on revit la fondation de la République !

Donc, il s’agit ici d’établir une sorte de traité, non pas avec les délinquants, mais avec les « partenaires » sociaux et politiques, collectivités territoriales, services de l’État, associations pour déclarer la guerre à la drogue et au banditisme qu’elle génère. C’est comme un traité d’alliance contre un ennemi commun. Sauf qu’ici, on croyait être en guerre depuis longtemps, et que les alliés ne sont pas des puissances souveraines et égales entre elles.

Celui qui devrait mener la lutte, c’est celui dont la des citoyens est le premier devoir : l’État. On ne doit pas composer avec le crime. On applique la loi. L’État ne respecte pas le contrat qui fonde son pouvoir et l’oblige à garantir la des citoyens. Il n’est nul besoin d’un « pacte » superflu, que le ministre appelle à dessein « national » (comme le Front du même nom), pour poursuivre sa mission de draguer la frange droitière et populaire de l’électorat. Les mots sont vains. Il faut des actes !

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8 septembre 2013

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