C’est peu dire que la droite politique française patauge à côté de ses pompes.

Sarkozy reviendra peut-être, mais pas dans un avenir prévisible. Fillon et Copé se tirent une bourre stérile, qui démonétise leurs clans respectifs sans guère appâter le chaland : l’UMP a du gros plomb dans l’aile.

Pourtant, le pays n’a jamais été moins socialisant depuis la fin du règne de Mitterrand. Faute d’un ténor UMP à leur convenance, les gens de droite ont trouvé un héros de bonne facture bonapartiste dans l’actuel gouvernement : Manuel Valls.

Dans les salons, dans les chaumières où l’on vitupère les rouges, les roses, les verts, les « socio-culs » et les bobos, on ne jure que par Valls. Il a renvoyé sèchement Duflot à ses fumettes puériles, Taubira à ses fantasmes anti-flics. À Echirolles, Valls a trimbalé Hollande dans son bagage pour redorer quelque peu l’image présidentielle.

Il a du jus, de la poigne et il sait trouver les mots adéquats quand ça chauffe dans les cités. Si on revotait demain et si Sarko se désistait, le peuple de droite plébisciterait la candidature de Valls. Les militants UMP le préfèreraient de loin à Fillon ou Copé. Certes, il a éclos dans le giron du PS mais déjà, il y a plusieurs années, il suggérait que son parti change d’appellation. À son gré le mot « socialiste » était usé jusqu’à la corde. Le mot et la chose.

Sarko l’avait pressenti au début de son règne, Hollande l’a mis dans ses meubles à Beauvau, la gauche le tolère à contrecœur, parce qu’il la dédouane de son angélisme, mais son cœur de cible est sur l’autre rive.

Imaginons que le pouvoir s’enlise dans la crise et que Hollande perde pied. Soit il se repliera sur le centre et Valls sera son premier ministre tout désigné et tout-puissant. Soit se profilera le grand chambardement dont rêvent Mélenchon et Le Pen, et Valls deviendra par le fait un recours national. Dans les deux hypothèses, il semble incontournable.

Pour l’heure, son caracolage dans les sondages le sanctuarise. Il n’a qu’un souci politique : ne pas paraître aussi droitier que les gens de droite le présument. Car d’Ayrault à Montebourg en passant par Aubry et Moscovici, on rêve secrètement de lui casser les reins. Il ne l’ignore pas.

Il sait aussi ce que sa popularité doit aux équivoques et aux divisions de l’UMP. Le pire pour lui serait qu’elle se refasse la cerise autour d’un chef plausible et d’un projet cohérent. Il redeviendrait alors ce qu’il fut à l’aune de ses camarades : un social-démocrate suspect de pulsions « répressives ». Ne pas oublier qu’aux primaires de la gauche, il n’a obtenu que 5% des suffrages.

À droite comme à gauche, le positionnement à contre rôle est toujours un pari risqué : on séduit l’adversaire, on émoustille les médias, mais en cas de radicalisation, on se fait flinguer par son propre camp et la sympathie de l’autre ne sert plus à rien.

17 octobre 2012

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