Editoriaux - Entretiens - Médias - Presse - Société - Table - Tribune - 27 juillet 2013

“Valls a récupéré, manipulé et divisé…”

Entretien réalisé par Gabrielle Cluzel

Frigide Barjot, vous avez été le porte-parole durant de longs mois du collectif de la Manif pour tous. Aujourd’hui, vous avez quitté le collectif et vous nous avez dit avoir le sentiment qu’une chape de plomb pesait désormais sur vous, que l’on ne vous laissait plus parler. Vous vous plaignez aussi d’avoir été la cible de nombreux contributeurs (et commentateurs) sur Boulevard Voltaire. Je rajoute néanmoins que beaucoup vous ont farouchement défendue lorsque vous avez été attaquée, notamment sur le plateau de Direct 8 ou lorsque la Ville de Paris a menacé de vous expulser de votre logement. Je vous propose donc de mettre tout sur la table, de vous exprimer sur les points dont on vous a fait reproche sur ce site et d’évoquer la suite.

Non, vous vous trompez, je n’étais pas que le porte-parole, j’étais l’initiatrice, je parlais à la France et aux médias, pendant que les autres (Ludovine de La Rochère, Albéric Dumont, et jusqu’au 13 janvier Tugdual Derville) organisaient le réseau, notamment du « catholand ». Nous fonctionnions de façon collégiale. Mon action a démarré sur le plateau de Taddeï, le 7 novembre, lorsque j’ai sorti le Code civil en annonçant la disparition programmée du père et de la mère. Et non, je n’ai pas quitté le collectif, on m’a interdit de parler.

Vous avez eu l’idée — de génie — du concept de la Manif pour tous mais on a eu parfois l’impression qu’il s’agissait d’une manif pour tous… sauf pour certains : on a pu légitimement s’étonner, ainsi, de la grande visibilité des musulmans, invités à monter sur la tribune avec le tapis rouge, quand les cathos, qui représentaient les plus importants contingents de manifestants — et de loin — étaient priés d’éviter de se faire identifier comme tels, et avaient reçu des consignes vestimentaires dans ce sens. Cela veut-il dire que les cathos ne sont pas photogéniques ?

Les musulmans ayant voté à près de 90 % Hollande, il était essentiel que le gouvernement remarque leur présence dans les rangs des opposants. Les catholiques, eux, pour tout un tas de raisons, ont mauvaise presse, ils sont immédiatement disqualifiés du jeu médiatique. On leur a demandé de ne pas se montrer caricaturaux. C’était de la com’. On disait de ne pas venir avec les chapelets, car ce n’était pas une manif confessionnelle avec des prières. Les soutanes, en revanche, étaient là, chacun venant avec l’habit de sa fonction.

Toujours concernant les intervenants, beaucoup se plaignent sur ce site d’avoir vu de nombreux représentants de l’UMP, aucun du FN. La jeune députée Marion Maréchal, par exemple, présente à toutes les manifs, a-t-elle été invitée à un moment ou à un autre à monter sur le podium ?

À la manif du mois d’avril, j’ai proposé Paul-Marie Coûteaux du SIEL, ou Maître Collard du FN, mais le comité de décision n’a pas voulu. Là aussi, il faut faire avec l’indépassable médiatique. Mon baiser à Collard, le 21 avril (comme à tous les élus qui étaient au premier rang avec leur écharpe), m’a d’ailleurs valu la curée médiatique.

Le 23 mars, vous avez mis en garde à la tribune la foule contre des provocations d’agitateurs d’extrême droite, alors que des familles étaient en train de se faire gazer. Beaucoup vous en ont voulu. Étiez-vous réellement informée à ce moment-là de ce qui se passait ?

Moi, j’ai vu des gens qui poussaient des barrières pour passer. Avec un million de personnes, un mouvement de foule, c’est grave. Ils auraient pu faire tomber le podium. Cela aurait pu tourner au stade du Heysel. J’ai considéré qu’il y avait une rébellion interne. Les familles gazées, en haut de l’avenue Foch notamment, c’est autre chose.

Mais pourquoi avoir très vite évoqué dans vos rangs la présence de groupuscules d’extrême droite, en faisant implicitement le jeu du gouvernement et en légitimant la répression, alors qu’il n’y aura eu, quand on fait le bilan, aucune violence, pas un cocktail Molotov, pas une vitrine brisée, pas une voiture brûlée ni un policier molesté ?

À la manif de Lyon, des militants du GUD m’ont menacée et vidée du podium. Après, c’est vrai que Valls a récupéré, manipulé et divisé, c’était dans son intérêt.

On vous a reproché « d’en faire des tonnes » avec les homosexuels jusqu’à exprimer l’idée que vous défiliez autant contre l’homophobie que contre le mariage entre personnes du même sexe. Ne pensez-vous pas, avec du recul, que cela revenait à brouiller le message ?

Il fallait penser aux homosexuels que j’avais emmenés avec moi dans ce mouvement et pour lesquels c’était compliqué. Sans leur présence, il n’y aurait pas eu une telle massification du mouvement. Et tant pis pour les homophobes !

Parler ainsi, n’est-ce pas faire subir à d’autres le même procès injuste que celui dont vous êtes victime dans les médias ? Le pape, que vous avez beaucoup défendu, est fermement opposé au Contrat d’union civile (CUC) que vous soutenez, l’Église prône la continence pour les personnes homosexuelles. Vous, qui êtes catholique, ne les qualifieriez pourtant pas « d’homophobes ».

Quand on est homo, il faut avoir la force de l’Esprit-Saint, donc être converti, pour être continent. Sinon, ce n’est pas possible. Je mène un combat de la société civile, pas un combat religieux. Il faut faire preuve de pédagogie, on ne peut pas faire comme si toute la société était chrétienne, et prendre les choses frontalement. Comme vient de le dire Marcel Gauchet sur le site de Causeur, les règles fixées par le magistère de l’Église ne sont plus imposables à la société actuelle — hyperlibertaire et hyperlibérale — en tant que telles. Si certains ne veulent pas du CUC, je ne les force pas à en parler, qu’ils portent donc la valeur supérieure, et œuvrent pour la constitutionnalisation du mariage (comme l’avait d’ailleurs proposé en son temps Christine Boutin), dans le but de défendre une filiation qui ne soit pas déconnectée de l’acte sexuel.

Vous croyez à une réconciliation possible du staff initial de la Manif pour tous ?

Oui, maintenant que l’on a tout purgé, crevé l’abcès, on peut repartir sur de nouvelles bases. Le 22 juillet, nous avons lancé avec Antoine Renard, président des AFC (associations familiales catholiques) et le professeur Henri Joyeux, de Familles de France, un collectif « l’Avenir pour tous », qui est le prolongement de la Manif pour tous, ce que nous appelons un mouvement « poléthique », pour peser sur les candidats aux élections, afin qu’ils luttent contre le programme de déstructuration de l’être humain qui vient de s’ouvrir, à travers la loi Taubira, la loi autorisant la recherche sur l’embryon humain, et à la suite du dépôt ce 23 juillet au Sénat d’une proposition de loi ouvrant la PMA aux couples de même sexe pour pallier leur stérilité « sociale ». Cet appel du 22 juillet, c’est une main tendue à tous. Avec chacun à sa place. Nous sommes riches, nous sommes multimillionnaires de citoyens et de familles.

À lire aussi

Virginie Tellenne : “PMA, ce sujet engage de façon irrémédiable l’avenir de l’humanité”

Imprimer ou envoyer par courriel cet articleÀ l’occasion du lancement du projet de l…