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Editoriaux - International - 16 août 2014

La vache de Lituanie, philosophe sans pareil

Entre Pasvalys et Panevėžys, la Via Baltica s’allonge tranquille et traverse les champs d’herbe toujours grasse car malgré l’été, la pluie arrive vite en . Elle coupe parfois d’heureuses petites rivières bordées de saules qui s’en vont, sinueuses et paresseuses, dans de douces vallées qu’elles ont creusées depuis la nuit des temps. Le spectacle est champêtre et rappelle ce qu’il devait être dans le Poitou, il y a une cinquantaine d’années, mis à part quelquefois les ruines de kolkhozes de briques blanches, abandonnés depuis que le capitalisme a viré, sans ménagement, le système poussiéreux de Lénine.

Et quand on file ainsi vers Vilnius, on peut voir, à intervalles réguliers dans les champs, une vache, bizarrement seule, qui broute ou qui, couchée, regarde autour d’elle. La plupart du temps, elle est rousse, comme nos limousines. C’est une philosophe, je veux dire, une fille pas compliquée. Elle aime la forêt toute proche qu’elle connaît depuis sa tendre enfance, et les petites maisons de bois la plupart du temps peintes d’un jaune presque criard, éparpillées autour de son champ. Elle sait que c’est là et ce sera toujours là son paysage. Les voyages organisés en Turquie, en Crête ou en Égypte, elle n’en a jamais entendu parler. On a compris, c’est une sédentaire. Elle sait aussi que, tout à l’heure, un peu avant que le soleil lui fasse un dernier signe amical, là-bas, derrière les hauts sapins, la fermière, ou sa fille – car l’été en Lituanie, ce sont souvent les enfants qui assument cette tâche-là –, viendra la retrouver avec son seau de tôle, pour la traire, assise sur un vieux tabouret. Et plus tard, elle passera la nuit à la belle étoile. Bien sûr, quand la blancheur froide de l’hiver lituanien sera maîtresse des champs et des forêts, elle restera au chaud à la ferme.

Bref, sa vie est bien réglée, immuable, ses yeux sont pleins de tendresse et dans sa tête pourtant très grosse et qu’on a envie d’embrasser, pas une seule idée pour la tourmenter ; son sommeil est sans encombre, il va d’un trait. Pas de soucis de fins de mois, pas de peur du chômage, pas de patron ou de directeur pour vous sanctionner, aucune menace d’agression dans la rue, pas de métro ou de trains de banlieue bondés de gens en perpétuelle gesticulation, jamais de stress mais une placidité que lui envierait le plus calme des citadins. Non ! Rien de tout cela, que du bon lait ! Elle vous affirmera d’ailleurs que le lait lituanien est le meilleur du monde !

Oui, elle est philosophe. Son champ lui a appris la contemplation et la simplicité de la vie et pourtant, pourtant, elle ne réfléchit jamais, c’est acquis. Étrange, pour une philosophe ! Alors, malicieuse, comme Platon avec sa méthode, elle nous invite à nous poser la seule vraie question : et si Dieu, finalement, avait fait les bêtes moins bêtes que les hommes ?

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