Va-t-on vraiment vers un Brexit dur ?

Theresa May déclenchera, en mars 2017, le processus de séparation avec l’Union européenne. Elle a prévenu que son pays reprendrait le contrôle de l’immigration. Elle a compris que son peuple voulait avant tout rétablir les frontières et ne plus déléguer le pouvoir législatif à des organismes supranationaux et illégitimes (Parlement européen, CEDH).

Mme May a douché les espoirs des dirigeants continentaux. Ceux-ci proposaient benoîtement à l’Angleterre de s’aligner sur la Norvège ou la Suisse, de suivre la législation de l’Union, de mettre la main à la poche, d’autoriser la libre circulation des personnes mais sans pouvoir influer sur les décisions de Bruxelles avec, en échange, l’accès au marché unique. En agissant ainsi, on aurait contourné le vote des Britanniques.

Furieux que leur manœuvre pour jeter le référendum à la poubelle ait échoué, les Européens agitent le chiffon rouge du Brexit dur. Ils menacent de revenir aux règles de l’OMC (10 % de droits de douane). Même les Brexiters les plus convaincus redoutent cette éventualité. Les milieux économiques britanniques, qui étaient restés jusque-là sereins, s’agitent. La livre plonge, des signes de ralentissement apparaissent, des investissements sont gelés. Si le Brexit s’annonce trop dur, le Royaume-Uni connaîtra une crise au moins passagère (avant de rebondir) car la période d’adaptation fait peur.

En réalité, rien n’est décidé. Pour l’instant, chacun montre ses muscles avant de discuter sérieusement. L’Angleterre veut restreindre l’immigration, pas la supprimer. Elle souhaite n’accueillir chez elle que ceux qui sont utiles à son économie. Cela permettra de sauver la face lors des négociations. Car les industriels européens seront pénalisés autant que leurs homologues britanniques par des droits de douane trop élevés. L’Europe, championne du libre-échange, n’a aucune raison (sauf à vouloir se venger) de refuser à Londres ce qu’elle propose au Canada, au Mercosur ou aux États-Unis. Bruxelles n’a qu’un unique atout dans cette partie de poker menteur : l’exclusion de la City du marché unique. Et seule la peur de provoquer la fin de l’Union européenne limitera ses concessions. On risque de préférer un mauvais accord économique à un traité plus favorable si ce dernier laisse trop d’avantages européens aux partants. Les tenants du supranationalisme redoutent, en effet, qu’on s’aperçoive qu’une autre Europe, avec nombre des atouts actuels mais sans les inconvénients, est possible.

Mme May a les coudées franches. Le leader travailliste, Jeremy Corbyn, inaudible lors du référendum, est discrédité. Tony Blair prétend revenir en politique pour s’opposer au Brexit dur, mais son pays, qui ne lui pardonne pas la guerre en Irak, le vomit. Les milieux universitaires s’inquiètent de la restriction de visas pour les étudiants étrangers. Comme ceux-ci rapportent 9 milliards d’euros, on trouvera sans doute un compromis. L’heure est à la négociation tous azimuts et sur tous les plans.

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