Mais qui êtes-vous donc, M. Hollande, pour qualifier le souverain pontife d’« utile » ? Est-ce le président de la République française, dépositaire – que vos enragés affidés le veuillent ou non – de près de 1 500 ans d’histoire ? Est-ce le chanoine d’honneur de Saint-Jean-de-Latran, titre que même le président Mitterrand accepta ? Mais il est vrai qu’il savait que la France n’est pas née dans le bain de sang des septembriseurs. Je crois même qu’aucun président des Soviets n’aurait jamais osé qualifier ainsi le Patriarche d’Occident.

Utile ? C’est tout ? Et agréable, aussi, non ? Mais vous réservez sans doute ce qualificatif à d’autres personnes.

Savez-vous que son titre de souverain pontife, le pape des catholiques en a hérité de l’ancienne Rome ? Jules César fut souverain pontife. À ce titre, celui qui fait les utilités à Rome, selon vous, est l’héritier de près de 2 700 ans d’histoire. Vous pouvez aller vous rhabiller avec vos 150 ans de République.

Vous devez tout de même savoir – car il paraît que vous êtes allé au catéchisme – que cet homme utile est le 266e pape après saint Pierre à qui Jésus-Christ, il y a plus de 2 000 ans, avait confié sa barque sur la terre. Qu’il est le chef spirituel et non moral (on sent que ce mot de spirituel vous gêne et qu’il ne qualifie, chez vous, que vos blagues douteuses) de plus d’un milliard quatre cents millions d’êtres humains dont beaucoup ne votent pas socialiste. Ce n’est pas rien.

roncalli-e-auriolJ’ai chez moi une belle photo de M. Vincent Auriol, président de la République française (socialiste), remettant, en vertu d’une tradition remontant à nos rois, à Son Excellence Monseigneur Roncalli, nonce à Paris, et futur Jean XXIII, la barrette de cardinal de la Sainte Église catholique et romaine, le récipiendaire en Cappa Magna étant à genoux dans les salons de l’Élysée, là même où vous commîtes hier cette insigne impolitesse. Sur la photo, le président Auriol était revêtu d’un habit (on ne vous demande pas cela, rassurez-vous, avec le casque, ça ne va pas le faire). Mais il était surtout revêtu de sa fonction. À ce moment-là, M. Auriol était la France.

« Utile », avez-vous dit. C’est tout, donc. Il me semble que la dernière fois qu’un chef de l’État français avait fait preuve d’autant de muflerie vis-à-vis du Saint-Père, si j’exclus bien entendu votre sortie minable lors de la démission de Benoît XVI, ce fut lorsque Napoléon força le pape Pie VII à venir le couronner à Paris. J’ai beau chercher, je ne trouve pas d’autres exemples.

Franchement, j’ai envie de pleurer, pas pour le pape : vous imaginez, il se remettra de votre impolitesse. À mon avis, elle lui passe largement au-dessus de la mitre. Je crois même qu’il vous a déjà pardonné. Non, j’ai envie de pleurer pour la France qui ne mérite quand même pas cela. Elle ne mérite pas d’être représentée par quelqu’un qui, finalement, joue les utilités dans la cour des grands.

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