Quand j’étais petit, dans les séries américaines dont m’abreuvait la , les méchants venaient toujours de l’Est et avaient un fort accent russe. Je crois que d’ici peu, dans les nouvelles saisons 1, 2 et infini, les vilains auront davantage les yeux bridés et sentiront le nem. On a changé d’époque, voyez-vous, et même si avec la Russie on joue un remake de guerre froide, ce qui préoccupe le plus Washington – et de loin –, c’est le Léviathan chinois qui fait bouillir l’eau autour de lui. Dans l’écume violente renversant les jonques de nos prétentions, la bête se repaît chaque jour un peu plus du magma électronique coulant dans les veines de la mondialisation. Le Léviathan chinois est devenu vampire global, sorte de pontifex maximus se soûlant à l’information secrète. Les petits hommes jaunes sont partout, raflent tout, véritables troupes de choc de la cyberguerre qui fait rage.

Pris de panique telle la jeune fille déjà sucée par la bouche de Nosferatu, l’Amérique tremblante et obamesque donne des gifles dans le vide. Il faut vraiment scruter l’horizon du Web pour voir, ce mardi, une drôle d’info : cinq militaires chinois viennent d’être inculpés par la de l’Oncle Sam (via le grand jury de Pennsylvanie) pour « espionnage industriel, piratage informatique et autres infractions ». Les victimes apeurées : six entreprises yankee opérant dans des secteurs stratégiques : , solaire ou métallurgique. Wanted by the FBI, dit l’affiche où les sales tronches communistes amusent la galerie.

La réponse du ministère de la Défense chinois n’a pas tardé : « De WikiLeaks à l’affaire Snowden, l’hypocrisie des États-Unis et son recours à deux poids deux mesures en matière de informatique ont depuis longtemps été clairement mis en évidence. […] Le prétendu réseau d’espionnage commercial est purement et simplement une invention des États-Unis, qui s’inscrit dans une stratégie de tromperie du public avec des motifs non avoués. » De même que la Russie qui agite le précédent kosovar, l’empire rouge peut facilement se gausser des leçons de morale de Dollarland.

Le Chinois, héritier d’une ancestrale, sait retenir les leçons du passé. Pékin a compris que, sur le grand échiquier, son rôle est peu ou prou celui de l’ de Guillaume II en 1914 : une puissance à laquelle l’avenir promet la première place, mais qui se heurte au mur anglo-saxon. Les Chinois ont donc décidé de ne pas affronter de face la thalassocratie financière. Le nouveau terrain de jeu, ce sont les mandarins qui vont le choisir, dès 1999, avec la création de leur corps spécial de hackers dédiés à la cyberguerre, ce conflit « hors limite » qu’ils théorisent entre deux gorgées de Tsingtao. Depuis, le deep government qui règne sur les a lui aussi étendu sa toile, par le biais d’une NSA tentaculaire. Sur l’échiquier, les pièces sont prêtes. La partie risque de durer !

20 mai 2014

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