Editoriaux - Histoire - Politique - Santé - Table - 24 octobre 2016

Une nouvelle maladie du comportement : la fascistomanie

Tout le monde connaît ces maladies du comportement chez l’être humain, qualifiées en des termes se terminant par le suffixe -manie. La mythomanie, par exemple, se rapporte à un individu qui invente des fables, des histoires qu’il se raconte et raconte aux autres, qu’il fait croire à tout le monde et auxquelles il finit par croire lui-même. De la même façon, l’érotomane est persuadé que tout le monde est amoureux de lui. Molière a raillé cette dérive de l’esprit dans le personnage de Bélise, des Femmes savantes, laquelle s’imagine que tous les hommes sont amoureux d’elle en secret et le fait savoir. Quant au kleptomane, il ne peut s’empêcher de voler, même ce dont il n’a pas besoin, cependant que le mégalomane voit tout en grand…

Mais l’on a vu surgir, plus récemment, un nouveau trouble du comportement, très étrange, encore peu exploré, que certains psychiatres appellent la fascistomanie, et qu’ils définissent comme proche de la mythomanie.

Le fascistomane est une sorte de mythomane qui voit des fascistes partout, s’invente du fascisme à longueur de journée. Il ne parle que des années 30-40, qu’il confond avec notre époque actuelle. Lorsqu’il est en crise, il est pris par des sortes de convulsions frénétiques et se met à crier à tue-tête et à tort et à travers : « Facho, facho… » comme, par exemple, récemment, au conseil municipal de Béziers, où le maire devait proposer l’organisation d’un référendum, mode de consultation du peuple qui est pourtant le point le plus élevé de la démocratie : une vingtaine de fascistomanes, pensant détenir la vérité à eux seuls, contre l’ensemble de la population de la ville, sont alors entrés dans la salle du conseil en criant : « Facho, facho…» puis, se substituant aux conseillers élus, ils voulaient faire le conseil à leur place. Il a fallu un nombre important de policiers municipaux et nationaux pour maîtriser et calmer ces démocrates atteints par ce mal redoutable.

Mais de plus en plus de responsables politiques, aujourd’hui, souffrent aussi de fascistomanie, notamment à l’ex-UMP, ou au Parti socialiste, et le cri de “facho”, que certains confondent avec l’ancien “fa chaud fa bon” des paysans savoyards lorsqu’ils faisaient du feu l’hiver, autrefois, dans la cheminée, est l’un des premiers signes et le plus symptomatique de cette maladie qui peut prendre des proportions assez graves. Aussi ne faut-il pas en négliger l’apparition. Car, très vite, elle atteint des sommets dans le déni de réalité. Ainsi, récemment, on apprenait que le président du conseil départemental de l’Hérault lui-même était atteint par le mal et présentait des signes inquiétants d’une importante fascistomanie. Un conseiller départemental de l’Hérault rapporte, en effet, que ce président, dès lors qu’il prenait la parole, ou du moins tentait de le faire, le fustigeait en des termes laissant à penser qu’il parlait à un fasciste des années 30.

Ainsi, lors de la séance du mois de juin dernier, alors qu’il exprimait son désaccord quant à l’utilisation de l’argent du contribuable pour la construction de poulaillers au Cameroun, le président fascistomane lui a demandé s’il était « pour l’épuration ethnique ». Lors d’une autre séance, alors que ce même conseiller rappelait que “la place des immigrés clandestins n’était pas auprès de l’association subventionnée la CIMADE, mais dans des avions pour retourner chez eux, comme l’exige la loi”, le président lui a demandé [s’il voulait] “qu’on rouvre les chambres à gaz”.

On le voit, l’épidémie de fascistomanie gagne du terrain dans la classe politique, à moins, comme le prétendent d’autres scientifiques, qu’elle ne soit simplement l’attitude de politiciens et politicards aux abois, à bout de souffle et d’arguments et qui, voyant le peuple ne les considérer plus comme légitimes, tentent de faire diversion en voyant chez leur moindre contradicteur ou opposant un fasciste.

Quoi qu’il en soit, il est temps que Marisol Touraine demande aux laboratoires médicaux de chercher un médicament, issu ou non de la famille des benzodiazépines, mais capable de soulager les souffrances de ces malheureux. C’est, désormais, un impératif de santé publique et politique.

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