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Editoriaux - Justice - Médias - Politique - Société - Table - 1 janvier 2017

Une justice à l’état « SAUVAGE »

À deux reprises, deux jurys populaires l’ont condamnée, dont cinq femmes et quatre hommes à l’audience du procès en appel. Aussi me garderai-je bien de porter moi-même un jugement sur le bien-fondé ou pas des condamnations dont a fait l’objet madame .

À tort ou à raison, une chose est certaine : une majorité de Français étaient favorables à la libération de Jacqueline Sauvage. La classe politique – toutes chapelles confondues – a elle aussi été unanime à cet égard. Avec, peut-être, quelques arrière-pensées électoralistes…

Mais voilà qu’une décision de grâce présidentielle remet en cause l’indépendance de la justice. Les plus hautes sphères de la magistrature s’émeuvent ! Une décision qui serait, selon madame Virginie Duval, présidente de l’Union syndicale des magistrats (USM) “consternante et lamentable, [ … ] une nouvelle atteinte à l’indépendance de la justice par l’exécutif”.

Bigre, nos juges s’indignent car on fragilise l’autorité de l’instance judiciaire et c’est le Président qui en est à l’origine, lui qui est chargé par la Constitution d’en être le garant !

Mais qui a fragilisé la confiance en cette justice, laquelle est rendue au nom du peuple français ? Un syndicat de magistrats, se coupant d’une moitié de ses compatriotes en s’immisçant ouvertement en politique aux présidentielles de 2012 ?

Quand la politique entre dans les prétoires, de quelle « indépendance de la justice face à l’exécutif » parlons-nous ?

En outre, ont-ils mesuré la portée de cet acte irresponsable, lorsque les Français qui, même s’ils n’y étaient pas épinglés, se sont tous reconnus sur le « mur des cons » ?

Fort de ce nomadisme de la raison, le tribunal d’application des peines a refusé à madame Jacqueline Sauvage une libération conditionnelle, grâce partielle accordée par le président de la République. Cette femme allait-elle assassiner une nouvelle fois, était-elle un danger pour la société ?

L’était-elle plus qu’Adel Kermiche, mis en examen et placé en détention provisoire, avant d’être libéré sous bracelet électronique puis d’assassiner le père Jacques Hamel ? Que Djamel Beghal condamné, en 2005, pour des faits liés au terrorisme à 10 ans de prison et libéré en 2009 ? Que Chérif Kouachi (Charlie Hebdo) qui, en octobre 2006, sort en liberté conditionnelle ? Que Coulibaly condamné 7 fois, en moins de 12 ans, à 22 ans de prison et qui en a effectué moins de 5, ce qui l’a autorisé à préparer l’attentat de l’Hyper Casher ?

De telles disparités dans les jugements ouvrent la boîte de Pandore. Et qui devrait se remettre en cause ? Le peuple ?

Quelles conclusions tirer de ce maelström juridico-politico-médiatique ? Celle d’une dichotomie chaque jour plus voyante entre le peuple et sa justice. Celle, encore, du secret de l’instruction régulièrement bafoué par les médias. Celle, également, du désamour chronique que l’on constate entre policiers et magistrats !

Celle, enfin, de la méfiance d’un peuple face à une justice égarée, idéologisée, sans bandeau et dont les plateaux ne sont plus à l’équilibre.

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