Une jolie bulle de savon : la macronnerie

Tout le monde connaît ce jeu traditionnel qu’on offre quelquefois aux enfants : dans une petite boîte, pleine d’un liquide à base de savon bien moussant, se trouve un petit anneau au bout d’une tige. On le sort, on souffle et monte alors vers le ciel une multitude de bulles de toutes les couleurs. Les enfants, comme les électeurs, sont émerveillés de les voir qui volent au-dessus de leurs têtes, mais au bout de quelques secondes, elles éclatent et il n’y a plus rien.

Il en va ainsi de la plupart des promesses électorales, depuis le fameux Kärcher de Sarkozy en 2007 aux grands engagements du président Hollande en 2012, quand le changement était maintenant, ou des grandes annonces médiatiques : à longueur d’année, politiques et journalistes réunis font jouer les Français au jeu enfantin des bulles de savon.

La dernière bulle en date n’est pas la moins colorée : elle consiste à présenter Emmanuel Macron comme un personnage nouveau, important, un prochain incontournable de la vie politique.

Gendre idéal, profil de bon élève, jeune et promis (de la banque au gouvernement) à un brillant avenir, travailleur, intelligent, appliqué, un brin insolent comme tout enfant gâté, faussement impertinent, bouffi d’ambition, plein d’idées économiques originales comme le transfert des voyageurs depuis le train sur les autocars – révolution économique qui a créé autant d’emplois dans les transports routiers qu’elle en a supprimé dans le secteur ferroviaire -, ce grand homme politique, socialiste formé à la banque Rothschild, qui n’est pas de droite, mais que la gauche ne satisfait pas, est présenté par les médias comme l’homme providentiel, le politique nouveau que tout le monde attendait ! En attendant qu’il éclate dans un ciel plein de promesses !

Pareille à ces bulles de savon, chambre à air gonflée par la pompe médiatique et appelée à finir en tuyau crevé, la macronnerie est une sorte d’esprit tendance vers le vide sidéral. Il s’agit d’être le plus creux, le plus gadget, le plus progressiste à reculons, le plus faussement moderne, le plus inventif à ne rien inventer du tout, le plus médiatiquement creux, le plus insignifiant possible pour rallier le plus grand nombre d’esprits vides. Pour preuve le nom même du mouvement qu’il a fondé, censé emporter l’enthousiasme des Français, et intitulé EN MARCHE !

Cette appellation est tellement nouvelle et originale que, dans les années 70, alors que j’étais au Venezuela, je me souviens d’un président de la République – une vraie caricature – nommé Carlos Andrés Pérez, et qui, macronnien avant Macron, avait pris pour slogan de campagne : “El Présidente que camina” (“Le président qui marche”). Et on le voyait à la télévision en train d’avancer sur le chemin, allant d’un bon pas, serrant des mains et souriant aux badauds émerveillés…

En 2002 – pardon de me citer! -, suite à une commande, j’avais écrit pour France Culture une série de cinq scènes de clowns en campagne électorale, intitulée Polit’Circus (1), diffusée juste avant le duel annoncé Chirac/Jospin – on connaît la suite ! Dans la troisième scène, les deux clowns rivaux qui ne cessaient de se chamailler jusque-là, et d’inventer mille facéties pour être élus président, avaient finalement décidé de s’unir et de fonder un nouveau parti ensemble : macronniens avant l’heure, ils l’avaient appelé L’UNION EN MARCHE !

La réalité dépassant souvent la fiction, quatorze ans plus tard, le mouvement d’Emmanuel Macron reprend le nom de ces clowns !

Quid novi sub sole ? disaient les Latins. Quoi de neuf sous le soleil ? Dans l’art des clowns politiques qui nous gouvernement et des médias qui les fabriquent, rien du tout !

(1) Éditions L’Harmattan Paris

À lire aussi

Cérémonie des Molière 2019 : le bal des tartuffes

À quoi sert le théâtre s’il doit rester un art de mollusques subventionnés, d’iconoclastes…