Editoriaux - Education - Politique - 27 mars 2015

Une guerre contre Vallaud-Belkacem ?

Le SNALC (Syndicat national des lycées et collèges) a été un des vainqueurs des dernières élections professionnelles dans l’Éducation nationale, avec FO. Alors qu’il en était absent jusque-là, il est entré au Comité technique ministériel, gagnant ainsi la reconnaissance de sa représentativité. Ce syndicat, le deuxième chez les professeurs du secondaire, est habituellement classé à droite quoiqu’il se veuille apolitique. Autant dire que ce n’est pas un syndicat révolutionnaire. Peu habitué de la grève rituelle et systématique, il privilégie le plus souvent la négociation.

Pourtant, depuis le 24 mars, il affiche sur son site un martial “La guerre est déclarée”.

Cette déclaration de guerre est dirigée contre le ministère, les syndicats concurrents SGEN-CFDT et SE-UNSA, mais aussi la FCPE qui représente des parents et la Ligue de l’enseignement réputés responsables des dérives que dénonce le SNALC. Le motif en est la réforme du collège dévoilée le 17 avril. Ce projet porte la marque des théories pédagogistes : pédagogie du projet, interdisciplinarité, affaiblissement des disciplines, etc. Autant de pratiques que le SNALC, qui défend une conception plutôt traditionnelle de l’enseignement, promouvant la « méritocratie républicaine », combat depuis des années. Cependant, d’autres réformes déjà inspirées par le même pédagogisme ont été mises en œuvre sans qu’une telle réaction belliqueuse ne se déclenche. La réforme du collège est le casus belli, elle est aussi la goutte d’eau qui fait déborder le vase.

En effet, la réforme du lycée, mise en place par la droite mais maintenue par la gauche, est inspirée des mêmes théories pédagogistes, le socle commun a été récemment modifié dans un sens encore plus pédagogiste et les ESPE (Écoles supérieurs du professorat et de l’éducation) qui ont pris la suite des IUFM en ont aussi repris les cadres et les dérives pédagogistes. D’autre part, la refondation du métier d’enseignant initiée par Vincent Peillon avait suscité beaucoup d’espoirs. Le SNALC avait soutenu la modification des décrets régissant les missions des professeurs. Mais les indemnités qui accompagnent certaines missions sont à son goût très insuffisantes et l’absence de cadrage de ces missions, soumises à l’autonomie des établissements, lui fait craindre l’arbitraire local. Sans compter la baisse continuelle du pouvoir d’achat des enseignants depuis des années. Surtout, il semble que l’attitude hostile aux professeurs qui existe dans la hiérarchie de l’Éducation nationale se soit renforcée et ait atteint le sommet du ministère quand les relations semblaient plus sereines sous Vincent Peillon.

Jusqu’où ira cette guerre ? Si l’objectif affiché est le retrait de la réforme du collège, Najat Vallaud-Belkacem est visée. Nul doute qu’un tel retrait signerait son départ du ministère. Ce qui ne semble pas gêner François Portzer, président du SNALC. Il s’agit peut-être aussi du début d’une guerre syndicale. Ragaillardi par sa récente victoire électorale, le SNALC veut engranger sur ces résultats et attaque frontalement la CFDT et l’UNSA. Mais si ces syndicats sont explicitement visés, nul doute que la cible principale est le frère ennemi du SNES. Si celui-ci ne réagit pas, il semblera cautionner une réforme qui fait grincer des dents les enseignants. S’il réagit, il semblera se mettre à la remorque d’un syndicat qu’il préférait ignorer jusqu’ici. Il perdrait en tout cas le leadership dont il se prévalait.

Un pari risqué qui entraînera, de toute manière, une recomposition du paysage syndical.

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