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Pardon d’être si loin. Pardon surtout de n’avoir pas eu le courage de t’appeler tout de suite mais je sais bien que les paroles de « condoléances » (je n’aime tellement pas ce terme…), dans de telles circonstances, sont un peu à l’image du soleil d’hiver qui hésite un peu à travers ma fenêtre en cette fin d’après-midi : elles éclairent mais ne réchauffent pas.

Quelques mots donc, car je n’ai plus que ça. Forcément maladroits, impuissants, galvaudés même, pour accepter l’inacceptable, supporter l’insupportable.

Tu as perdu un fils et c’est probablement le pire qui puisse arriver à une mère.

Le hasard — tu sais que je n’y crois guère… — fait qu’au moment où je t’écris, on diffuse à la radio un très beau témoignage, quelques extraits des mémoires de Marcel Pagnol que j’attrape au vol, notamment ce passage où il est en train de suivre un cercueil et où il se dit à peu près ceci : « Telle est la vie des hommes : quelques joies très vite effacées dans d’inoubliables chagrins. Il n’est pas nécessaire de le dire aux enfants. »

Il n’est pas non plus nécessaire de le rappeler aux adultes. Mais je ne doute pas que cette foi que je t’envie tellement t’aidera un peu (beaucoup ?) à traverser la stupeur, la douleur, l’injuste et l’absurde.

Pour moi, tu le sais, je ne crois pas en Dieu mais il me manque. Alors, je me suis levé de mon lit, méprisant un instant ma petite grippette, soudain si dérisoire, pour aller prier de mon côté à 14 h 30 non loin de la maison, à la paroisse Saint-Gabriel (un ange passe…) en pensant à vous, tous réunis à quelques milliers de kilomètres. L’église était froide et vide. Il y a avait là un simple d’esprit, un peu perdu dans un coin, probablement un SDF africain, qui récitait des prières à (trop) haute voix. Et dans un autre coin, une « grenouille de bénitiers » affairée à ranger les livres de messe. Dans un troisième coin, un recoin même, une vieille dame frigorifiée qui attendait on ne sait trop quoi ou qui, à l’abri tout relatif d’une sorte de cage de verre mal éclairée et mal chauffée. Pour m’isoler un peu, je me suis donc installé au beau milieu de l’église, j’ai fermé les yeux et prié pendant de longues minutes, à ma façon. C’était un moment étrange, à la fois très abstrait et très concret. Très émouvant. En sortant, j’ai allumé deux cierges, un pour R* et un pour toi. Il faisait déjà nuit.

Demain, F* ira de son côté prier pour vous dans une église près de chez elle. Elle te connaît à peine et ne connaissait pas du tout R*, mais je dois te dire qu’elle était aussi bouleversée que moi lorsque j’ai reçu ton message. Je lui ai un peu parlé de notre dernière conversation, cet été. J’avais été très touché, je m’en souviens, par ton courage, mais aussi par ce mélange d’angoisse et de sérénité avec lequel tu te préparais au pire, qui n’est jamais certain mais toujours possible.

C’est donc terminé. Ce n’est jamais terminé. Après avoir vécu dans la présence de R*, plus intense encore ces deux dernières années, voici que tu vivras désormais dans son absence, ou plutôt « avec » son absence qui est aussi une nouvelle présence, autre, différente, parfois plus intense encore, tu verras, surtout dès que les premiers sourires finiront par revenir. Car c’est bien là tout le mystère : ils finissent toujours par revenir. Parce que la vie continue. Et parce que, de là où il est, c’est probablement ce que R* te souhaite, nous souhaite.

En attendant, je te souhaite tout le courage du monde.

Je t’embrasse, dans toute la force d’hier, et surtout celle de demain.

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