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Editoriaux - Education - Histoire - Justice - Table - 4 juillet 2016

Un sénateur dénonce la gabegie dans l’attribution des bourses universitaires !

Rien n’est plus insupportable que de voir un étudiant méritant renoncer à des études supérieures pour des raisons financières. Je me souviens, en écrivant cet article, qu’à l’époque où je faisais des TD de latin à l’université, l’un des meilleurs du groupe vint me trouver à la fin du premier semestre : il allait arrêter sa licence, qui coûtait trop cher à sa famille, et s’engager dans la gendarmerie. Ce jour-là, la gendarmerie recruta un bon élément, mais l’Éducation nationale perdit un futur professeur de lettres classiques, elle qui peine à recruter au CAPES dans cette discipline. Il était bien boursier, mais le montant de sa bourse était très insuffisant.

De tels faits sont d’autant plus révoltants que l’on apprend, dans un rapport présenté par le sénateur Philippe Adnot, que de nombreux étudiants s’inscriraient à l’université uniquement pour bénéficier des aides de l’État. Selon ce rapport, ces aides directes, et en premier lieu les bourses sur critères sociaux, concernent plus d’un tiers des étudiants et représentent près de deux milliards d’euros par an, ce qui n’est pas rien.

Théoriquement, en contrepartie de leur bourse, les étudiants ont une obligation d’assiduité et de présence aux examens. Mais les contrôles sont très aléatoires selon les universités. Pour les examens, il suffit même parfois de rendre une copie blanche pour être déclaré présent. Voilà qui pose un problème pour les finances de l’État, mais aussi pour la simple justice : l’argent dépensé pour de faux étudiants qui, en s’inscrivant dans une université, bénéficient d’une bourse et de divers avantages, comme la Sécurité sociale gratuite, serait mieux utilisé pour abonder les bourses des étudiants qui en ont vraiment besoin.

Le sénateur recommande d’effectuer des contrôles plus réguliers pour éviter cette gabegie. Ce n’est pas mauvaise volonté des universités, mais les étudiants sont des adultes qu’on ne peut traiter comme des élèves de collège ou de lycée – encore que l’assiduité des étudiants de CPGE (classes préparatoires aux grandes écoles) soit strictement vérifiée chaque jour. Il est difficile, également, de pointer les boursiers sans les stigmatiser. Enfin, les dotations des universités sont fonction du nombre d’étudiants inscrits : on peut comprendre, dans ces conditions, que certains établissements d’enseignement supérieur ne soient pas trop regardants.

Philippe Adnot préconise donc de développer un véritable contrôle d’assiduité des étudiants – ce qui peut se faire facilement dans les TD et les TP. Il propose également que la condition de présence aux examens implique l’émargement, par l’étudiant, à toutes les épreuves de fin de semestre, voire de lier le renouvellement d’une bourse à une obligation minimale de résultats.
La première proposition devrait être nuancée : certains étudiants sérieux sont contraints de travailler pour compléter une bourse insuffisante et ne peuvent assister à tous les cours. La seconde proposition paraît plus juste et plus pertinente, mais risque de se heurter à de nombreuses oppositions. Voyons ! Des bourses fondées sur le mérite, voilà qui est bien rétrograde !

Pourtant, les concours de bourses nationales, qui existaient autrefois, permettaient de distinguer les élèves méritants. Mais parler de mérite est, de nos jours, devenu une incongruité, tout comme parler de sélection. Philippe Adnot recommande, par ailleurs, de faire de l’orientation des élèves « un axe réellement prioritaire de l’action du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche », histoire d’éviter les inscriptions par défaut et les « décrocheurs » dans certaines formations. Avec nos dirigeants actuels, on n’en prend pas le chemin !

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