Les mauvais esprits y voient une variante de l’arroseur arrosé. Ou comment un pape, habile avec les médias, se retrouve au banc des accusés, pour avoir parlé d’« invasion arabe ». Il en plaidait des aspects positifs. Mais le langage classique au lieu du constitue, à soi seul, une grosse faute.

s’était vu reprocher d’avoir parlé de « Français de souche » pour désigner l’auteur d’un délit comme n’étant pas musulman. Mais, même pour la bonne cause, certaines expressions sont devenues taboues. L’affaire est grave pour le pape, dont la stratégie de communication paraissait sans faille. En retournant les à son avantage, cet homme d’Église appliquait des théorisations doctrinales, en y ajoutant son talent propre. Mais peut-être avait-il, si l’on ose dire, au sens figuré du mot, péché par excès de confiance, face à l’idole mass-médiatique.

Il s’était fait appeler François non sans ambivalence : aux yeux du public, il revendiquait la figure quasi christique de saint François, l’idéal d’abnégation du créateur des franciscains ; mais, en son for intérieur, ne songeait-il pas à François de Sales qui, par son recours à l’imprimerie, fut décrété saint patron des journalistes ? Palimpseste plausible de la part de celui qui avait su s’y prendre avec les médias.

Il s’est surtout appelé François avec une audace d’où péché d’orgueil ne saurait être exclu. François fait, en effet, partie des figures légendaires, des héros de la chrétienté. François fait partie du « Top 5 » que l’on peut énumérer sur les doigts de la main : Pierre, le fondateur de « l’Église de Pierre », auquel est dédiée la basilique ; Thomas, père du thomisme éponyme ; Augustin, le second grand intellectuel, théoricien, théologien ; Dominique, le fondateur d’un des ordres les plus fameux… En deux millénaires de papauté, nul n’avait jamais eu l’audace de se placer sous la bannière d’un de ces immenses serviteurs de l’Évangile : nul n’avait jamais osé s’appeler Pierre, Thomas, Augustin, Dominique ou François.

Depuis un millénaire, en outre, nul pape n’avait ajouté nouveau nom à la liste. À l’instar de Benoît XVI, on ajoutait un chiffre à une lignée déjà existante. Seule exception : Jean-Paul Ier. Mais exception à double titre, car Jean-Paul II le soulignait : « Un tel doublement était sans précédent dans l’histoire de la papauté. » Il s’agissait donc de mieux s’inscrire dans les pas de Jean XXIII et Paul VI, c’est-à-dire, selon la formule consacrée (que le emploie a minima), de ses « vénérés prédécesseurs », responsables d’un tournant historique : II pour le premier et, pour le second (ne l’oublions pas), fin de la chaise à porteurs et des flabelli, ces éventails géants de plumes d’autruche et de paon montées sur hampe de velours et dont l’usage, venu d’Égypte, remontait au VIe siècle.

Comment ne pas, finalement, discerner une propension à jouer sur les deux tableaux, ce que Charles Péguy appelait le « cumul » des avantages temporels et des faveurs spirituelles, en l’occurrence du pouvoir papal de Sa Sainteté et du légendaire de saint François, de la force du souverain pontife et du prestige stoïque du dénuement !

8 mars 2016

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