Il faudrait débarquer directement de la planète Mars pour penser que la préoccupation actuelle des Français porte sur la légalisation du cannabis. Très certainement lancé sur ce terrain par des conseillers en communication visant les jeunes électeurs, la proposition portée par l’ancien ministre Benoît Hamon sur le plateau d’« On n’est pas couché » n’a, d’ailleurs, rencontré que peu d’écho. Et pourtant, cette question à la périphérie des grands débats politiques actuels pourrait être un véritable vecteur de progrès.

Il y a tout d’abord l’aspect financier. La légalisation provoquerait un flot de recettes particulièrement conséquent sur les comptes de l’État. On estime, aujourd’hui, à un milliard d’euros les revenus liés à la revente du cannabis dans l’Hexagone. À l’heure où le gouvernement ne sait plus comment gratter les fonds de poche des contribuables, cette entrée d’argent frais serait un soulagement pour beaucoup.

Ensuite, en associant contrôle strict de la matière première et répression sévère de la revente illégale, la création d’un monopole d’État représenterait une véritable avancée sanitaire. Contrairement à une idée largement répandue, fumer du cannabis n’est pas le premier pas sur la pente fatale de la toxicomanie morbide. Pourtant, l’absence totale d’analyse sur le cannabis fumé par plus d’un million de personnes en France pose une vraie question de santé publique. À l’instar des vins qui répondent à des normes précises, la vente surveillée de cannabis permettrait d’offrir aux fumeurs un produit propre à la consommation. Cela n’empêcherait personne – et c’est totalement légitime – de penser que le cannabis, au même titre que le tabac ou l’alcool, représente en soi un danger pour la santé.

Il y a, enfin, la question de la sécurité. Qui s’est perdu dans les quartiers où sévit le trafic de cannabis témoignera du chaos sans précédent que ce commerce illicite a généré. La violence a poussé sur les grasses terres de la lâcheté politique et de l’idéologie faussement humaniste des juges. Personne ne peut dire si la paix reviendra avec la disparition du trafic. En revanche, tout le monde sait qu’il n’y aura pas de paix tant qu’il y aura du trafic.

Certains s’inquiètent, toutefois, du prix qu’il faudrait payer pour cette sécurité. Ils avancent sans rougir qu’il ne faut surtout pas priver les délinquants de leur commerce au risque de les voir se retourner vers des activités criminelles plus dangereuses. On pourrait déjà rappeler à ces vieux sages que c’est ce type de raisonnement plein de courage qui a mis le pays dans le pitoyable état où il se trouve aujourd’hui. Mais on pourrait, également, proposer à ces prudents calculateurs d’aller exposer leur argument aux dizaines de milliers de personnes qui essaient de vivre honnêtement au milieu des zones de non-droit. Abandonnés par les champions des tribunes médiatiques, beaucoup subissent un enfer au quotidien dans ces lieux où seules interviennent les forces du désordre.

Le redressement de la France ne se gagnera pas en une seule et glorieuse bataille un beau matin sur une plaine ensoleillée. Le salut passera, également, par une succession de petites victoires et d’attaques surprises sur le flanc de l’ennemi.

Voilà pourquoi, aussi étrange que cela puisse paraître, la création d’un monopole d’État sur la vente du cannabis pourrait faire partie de ces petits pas vers la remise en ordre du pays.

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