Il y a 51 ans, le 8 février 1962, des scènes d’une incroyable sauvagerie se déroulèrent boulevard Voltaire au métro Charonne. Des milliers de manifestants s’étaient réunis, à l’appel du Parti communiste, pour protester contre les attentats de l’O.A.S. Une manifestation interdite par le Préfet de Police Maurice Papon.

La raison d’État et le maintien de l’ordre impliquaient, dans la logique gaulliste, que ce défilé fut dispersé. La manif ne fut pas dispersée. Elle fut réprimée, massacrée. Avec acharnement. On pourchassa les manifestants dans les immeubles où ils s’étaient réfugiés. Et aussi dans les couloirs du métro Charonne où ils avaient fui. Les bidules des policiers fracassèrent des crânes. Les grilles qu’ils avaient arrachées des pieds des arbres écrasèrent des corps. Il y eut 8 morts, dont un garçon de quinze ans et une femme, Fanny Dewerpe à laquelle son fils consacra un très beau livre. Leurs obsèques donnèrent lieu à une des plus grandes manifestations jamais connue à Paris : 500 000 personnes.

Vous avez aimé le massacre de Charonne ? Vous adorerez celui du 17 octobre 1961 ! Un massacre « imaginaire » selon Bernard Lugan (Boulevard Voltaire a cru bon de publier un de ses textes), raciologue distingué, spécialiste de l’ noire qui, les jours où il est d’humeur taquine, s’aventure vers les rivages de l’ du Nord. Comme celle de Charonne, la manifestation du 17 octobre 1961, convoquée par le F.L.N., fut interdite. Et dispersée. Pas réprimée selon M. Lugan qui en a fourni le bilan suivant : 3 morts dont un Européen. Il admet toutefois que des dizaines de cadavres de Nord-Africains furent décomptés à la morgue. Mais – chouette alors – il s’agissait, selon M. Lugan, de militants M.N.A tués par le F.L.N. Sans doute avaient-ils écrit sur leur front et avec leur sang une phrase qui rappelait la célèbre histoire du jardinier Omar : « F.L.N m’a tuer » ?

D’autres historiens tout aussi engagés, mais d’un autre bord, avancent, eux, le chiffre de plusieurs centaines de morts. Ils exagèrent peut-être mais alors que dire de Bernard Lugan ?

Je note cependant que les policiers en opération le 17 octobre 1961 étaient les mêmes, et sous les ordres du même préfet que ceux qui s’illustrèrent quelques mois plus tard à Charonne. Mais peut-être n’aimaient-ils pas les communistes ? Et comme les manifestants arabes étaient juste des Arabes et pas des communistes, on serait fondé à penser qu’ils se montrèrent bienveillants à leur égard…

Longtemps après, sous François Mitterrand, et manifestement contre son gré, Maurice Papon fut jugé à Bordeaux. Il avait, fonctionnaire de Vichy, autorisé par sa signature l’envoi de Juifs vers les chambres à gaz. Ce procès n’avait pas lieu d’être ! Maurice Papon ne s’était comporté ni mieux ni moins bien que des milliers de zélés serviteurs du Maréchal Pétain. Tout le monde n’était pas Jean Moulin… Il fut condamné. Justice fut faite, bien que mal faite, car tel n’était pas l’objet du procès, pour les morts de Charonne et du 17 octobre 1961.

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