Editoriaux - Entretiens - Histoire - Justice - Politique - Société - Sport - Table - 24 novembre 2013

Un État fort en apparence, mais à l’autorité superficielle…

À l’occasion du lancement de sa nouvelle formule, Boulevard Voltaire vous propose une série de courtes interviews. Chaque jour, une personnalité — politique, intellectuel, artiste, sportif, etc. — répondra à une question, toujours la même, qui correspond aux interrogations du moment. Aujourd’hui, c’est Philippe Bilger qui se prête au jeu…

Crise de régime, crise de société ou révolution : selon vous, sommes-nous en 1958, 1968 ou 1788 ?

Je me méfie de ces références historiques, n’étant pas persuadé que le passé puisse immanquablement éclairer le présent. Bref, l’histoire ne repasse pas les plats. Je ne crois pas non plus que nous ayons affaire à une crise de régime, mais plutôt à une crise de société, laquelle remonte à nombre d’années, s’aggrave, mais qui offre une authentique singularité.

Celles de 1788, 1958 et 1968 présentaient aussi leur caractère autonome. Celle que nous traversons possède sa propre spécificité, même si on peut la considérer comme héritière des maux de 1968. Car indubitablement, il y a faillite des institutions ; phénomène auquel vient s’ajouter un déchirement du tissu social, comme si les Français ne parvenaient plus à vivre ensemble.

Quand j’évoque cette faillite des institutions, c’est que si l’État est fort en apparence, son autorité n’est désormais plus que superficielle. Cela est principalement dû à son inaptitude manifeste – et là, j’évoque mon domaine de prédilection, la justice – à tenir les deux bouts de la chaîne ; soit l’autorité quand il le faut et la mansuétude lorsque nécessaire. Une justice digne de ce nom devrait ainsi pratiquer ce que l’on pourrait nommer un humanisme vigoureux.

Cette dérive est aussi imputable à la gauche qu’à la droite. Surtout lorsque Christiane Taubira, à la Justice, pratique une fausse mansuétude, alors que Nicolas Sarkozy, à l’Intérieur, vantait une sévérité de façade. Ces pouvoirs, plus préoccupés d’idéologie que de plénitude, s’empêchent de voir l’horizon tout entier, à cause justement, de leurs œillères respectives. Un système, judiciaire ou politique qu’on ne comprend plus, parce qu’en même temps trop coercitif et trop laxiste, le peuple finit tôt ou tard par le détester et en souhaiter la chute. À ce titre, nous ne sommes ni en 1788, ni en 1958 pas plus qu’en 1968. Mais en 2013…

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