Editoriaux - Société - Supplément - Table - 16 mars 2016

« Un café, espèce d’abruti ! » risque de vous coûter plus cher

Un cafetier de Grenoble a lancé l’idée de fixer le prix du café selon le degré de politesse avec lequel il avait été demandé. « Un café » : 1,50 €. « Un café, s’il vous plaît » : 1,30 €. Et « Bonjour, un café, s’il vous plaît » : 1 €. Sur ce principe, le barème peut être étendu pour atteindre un niveau de raffinement qui permettrait d’adapter le tarif aux cas les plus divers. Par exemple : « Un café, tête d’abruti » : 3 €. Seuls les plus fortunés pourraient se permettre d’accéder à ce service haut de gamme. À l’inverse, un client qui chanterait « Un café, mi amore » en s’accompagnant à la mandoline se verrait offrir ladite boisson, plus un week-end à Venise avec le serveur. À voir…

À Nice, au restaurant La Petite Syrah, le tenancier est plus radical. « Un café » crié à la cantonade vous en coûte 7 € alors que le prix tombe à 1,40 € s’il y a du bonjour et du s’il vous plaît. La politesse est en voie de monétisation. Le « Je vous en prie » au bord de faire son entrée dans le CAC 40. Adieu, gentillesse spontanée et désintéressée.

Étrangement, la susceptibilité du cafetier semble tout entière concentrée sur ce fameux petit noir. Dans une brasserie parisienne, j’ai pu tester le « Un thé, connard ! » suivi de « Une bière, enfoiré ! » Les deux boissons m’ont été servies sans supplément de prix, si l’on excepte les frais médicaux liés à l’agressivité du garçon.

En réaction à cette mesure, la Toile riposte et met en cause la qualité de l’accueil et du service, particulièrement à l’égard des touristes. Néanmoins, « Qu’est-ce qu’y prendra, le Chinetoque ? » se pratique de la place du Tertre aux Champs-Élysées sans que l’intéressé n’en prenne ombrage. Si les traducteurs avaient la délicatesse de s’abstenir dans certaines situations, nous n’en serions pas là.

Au-delà des mots, les attitudes sont parfois d’une politesse toute relative. Il y a le serveur qui ne vous regarde pas. Ou à peine. Il regarde ailleurs. La circulation, le plafond, sa montre, enfin, des choses beaucoup plus intéressantes que son pauvre client qui, comme d’habitude, ne sait pas ce qu’il veut, hésite, ne parle pas français, bégaye, ne se contente pas de commander, boire en vitesse et partir.

Le commerçant devient exigeant. Le client de moins en moins roi. Tout au plus vassal de la fée Kronenbourg, soumis au tiramisu à peine décongelé… Dès notre entrée dans un café restaurant, prosternons-nous devant sa sainteté Thénardier, demandons un café avec moult virevoltages de chapeau à plumes. « Si Sa Majesté voulait bien avoir l’obligeance de nous apporter un café, nous parlerions de lui en haut lieu pour la Légion d’honneur… »

Le commerçant est en souffrance. En manque de reconnaissance. Le client aussi. Les terrasses doivent se muer en terrain de négociation où personnel et consommateurs réunis aux mêmes tables tenteront de déterminer qui doit être poli le premier. On n’est pas sorti de l’auberge !

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