Culture - Editoriaux - Livres - Société - Table - 24 août 2017

Un bungalow en Espagne

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La semaine suivante, j’écrivis à Claude Guéant, secrétaire général de l’Élysée, pour lui expliquer d’où venait la raideur de l’ambassadeur à mon sujet, le prier de n’en tenir aucun compte et de consulter plutôt les chiffres. La première année, j’avais réduit le déficit de moitié, la deuxième des deux tiers, et la troisième, l’organisme qu’on m’avait confié était revenu à l’équilibre. On consentit donc à m’attribuer un nouveau poste que j’acceptai avec soulagement. L’institut de Saragosse, qui existait depuis 1919, était situé dans un vaste appartement, mais son budget était modeste et ses ambitions aussi. Une Franco-Espagnole de trente ans régnait sur une douzaine de femmes qui enseignaient le français malgré une orthographe épouvantable et des obsessions marxistes. L’Espagne comptait une poignée de postes du même genre, qui rendaient compte de leur activité à un attaché culturel de trente ans, normalien, ancien membre du cabinet Villepin, et auteur d’une bande dessinée féroce sur son ministre. La carrière de ce jeune diplomate nommé Baudry résume tant de vices de la société française qu’elle mérite d’être signalée, pour reprendre un mot assez courant au Quai d’Orsay. Voilà un garçon qui joue de front sur tous les tableaux, qui commence une carrière en rassemblant notes de réunion et propos de cabinet glanés dans le sillage de Dominique de Villepin, pour en tirer une pochade, dessinée à la hâte par un comparse, sous la forme d’un double album de bande dessinée nommé Quai d’Orsay.

Le titre se vend bien et notre jeune homme fait le dos rond à Madrid. Sa caricature d’un grand rival du Président n’est pas faite pour déplaire à ce Sarkozy qui distribue encore postes et avantages au mépris du bon sens et qui flatte la gauche française dans l’espoir de l’amadouer.

Baudry est nommé à New York. Un an plus tard, il décide de révéler son identité et d’aller chercher son prix du meilleur album de BD au Festival d’Angoulême, album épouvantable de sévérité à l’égard de la diplomatie française. Le fait de balancer sur les turpitudes du Quai d’Orsay aura donc fait progresser sa carrière, ce qui se conçoit encore lorsqu’on veut embrasser celle d’un « lanceur d’alerte », réformer un système malade et finir en exil au Venezuela, mais son cas est extrêmement révélateur d’une société française qui ne sait pas ce qu’elle veut : ce garçon est couvert d’honneurs pour avoir révélé ce qui se passe dans l’arrière-cuisine. Dans les grandes périodes historiques, les militaires qui font défection, ceux qui montent sur un plateau de camion pour haranguer les foules ont au moins le mérite d’avoir vécu six mois chez des amis et de n’avoir emporté, dans leur exil, que leur brosse à dents. Là, nous sommes en présence d’un apprenti-diplomate de trente-cinq ans qui porte des chemises de chez Charvet, qui alimente les cancans des magazines féminins à propos du Quai d’Orsay et qui déménage tous les trois ans d’un bout à l’autre de la Terre, avec sa femme et ses deux enfants, sans le moindre souci matériel. La France est décidément à plat ventre devant ceux qui la piétinent.

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