L’émission « C dans l’air » du 17 août avait pour sujet le « burkini » et réunissait, d’un côté, Laurent Joffrin et Céline Pina, et de l’autre, l’imam Mamoun et Hanane Karimi. Céline Pina, ancienne élue socialiste, a écrit un livre, Silence coupable, qui dénonce “le déni de la classe politique face à la montée du salafisme en France” ; Hanane Karimi est « sociologue » et ancienne porte-parole du collectif Les femmes dans la mosquée – une féministe d’un nouveau genre.

Ce que l’on voit, pendant ce conciliabule désaccordé, c’est peut-être la France de demain, c’est-à-dire la France d’aujourd’hui, dissimulée derrière notre incorrigible naïveté – la France telle qu’on s’efforce de croire qu’elle ne peut pas advenir, mais qui advient, lentement, patiemment, sûrement. L’imam et la sociologue, confrontés aux affirmations nettes, précises et combatives de Céline Pina (Joffrin n’apportant, comme d’habitude, qu’une assez molle réplique), s’offusquaient et rivalisaient de phraséologie rusée pour balayer les arguments de l’essayiste. Il était évident que deux conceptions du monde, deux postulats culturels s’opposaient là, à propos d’un sujet hautement grotesque, mais tout à fait emblématique. On ne sentait pas qu’un seul début d’accord ou de synthèse fût possible. Dans la France de 2016, on ne sait plus comment une femme a le droit d’être vêtue ; on ne sait plus ce qui est décent, ce qui ne l’est pas. On perd le nord.

Il faut bien avouer que les propos d’Hanane Karimi, caractéristiques de la propagande néo-islamiste adaptée aux pays occidentaux, pouvaient semer le doute et la confusion dans les esprits vulnérables. Vers la fin de l’émission, interrogée sur ses propres habitudes vestimentaires, elle s’engagea dans une nébuleuse digression sur la « marchandisation » du corps des femmes ; elle évoqua le « complexe physique » (la dame, je le précise, est un peu ronde) dont l’usage du burkini l’aurait opportunément libérée. L’islam s’imposerait donc peu à peu comme un remède aux excès et à la dureté du monde occidental. Il mettrait notamment fin à la terrible rivalité des corps féminins, en les faisant disparaître à la vue de tous. Une idée simple et radicale à laquelle nous n’avions pas encore pensé.

Sans doute y aura-t-il des femmes complexées pour tendre une oreille amicale à cette suggestion ; et certes, nul ne peut nier qu’une norme esthétique pèse sur la femme (et aussi, dans une moindre mesure, sur l’homme) dans nos sociétés d’apparence. Mais elles ne feront qu’échanger une cage de miroirs contre une camisole de nuit et de tristesse. C’est l’honneur de notre civilisation, et des femmes occidentales en particulier, d’avoir engagé un grand combat pour les libertés individuelles ; et s’il est loin d’être gagné, ce ne sont pas les nouvelles pudibonderies de l’islam qui nous y aideront, mais plutôt cette joyeuse audace des « rondes » qui posent fièrement sur des photographies de mode et convertissent les regards !

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