Et ça continue encore et encore… « Nous sommes un peu ridicules », déclarait hier matin Michèle Alliot-Marie. Un peu ? On ignorait que l’ancien ministre de la avait à ce point le sens de l’humour et le goût de la litote. Comment, voilà un parti, vieux de dix ans déjà, qui compte dans ses rangs trois ou quatre anciens chefs de gouvernement, des dizaines d’anciens ministres, plus de trois cents parlementaires, qui raille chaque jour l’amateurisme des socialistes, qui leur fait lourdement sentir le poids de son expérience, qui se flatte de sa gestion passée, qui se fait fort de revenir bientôt aux affaires, et qui n’est pas fichu d’organiser une consultation des plus simples, puisqu’il s’agit simplement de choisir entre deux candidats, ni d’en fournir, près d’une semaine après le scrutin, les résultats exacts et indiscutables. Pouvait-on mieux faire la démonstration que ce grand parti de gouvernement n’a ni l’expérience ni le goût de la interne, que magouillage et tripatouillage sont ses deux mamelles et que la triche est inscrite dans son A.D.N. ?

Un peu ridicule, alors que le président de sa Commission électorale – la désormais célèbre Cocoe -, un sénateur visiblement très fatigué, avoue au détour d’un communiqué qu’il sait à peu près le nombre et le nom des fédérations ou des bureaux qui ont fraudé, mais qu’il ne s’est pas arrêté à ce détail, et que le président de la Commission nationale des recours – la bientôt fameuse Conare – est notoirement ami d’un des deux champions et sous le coup d’une condamnation imminente pour recel d’abus de faiblesse sur une nonagénaire ! Et pendant ce temps, les deux concurrents et leurs partisans, qui ne parlent les uns que de rassemblement et de pardon des injures, les autres que d’éthique, de morale et d’honneur, s’accusent mutuellement de , rien que cela, se crêpent le chignon sur la place publique et se jettent à la figure des tombereaux d’injures…

Tout cela serait en effet désolant ou comique, suivant le point de vue qu’on adopte, mais surtout ridicule si cette querelle de chiffonniers ne répondait à un enjeu et n’avait un contenu.

L’enjeu, d’abord. Abandonner le parti à l’adversaire, ce serait lui laisser le contrôle de l’appareil, des moyens financiers, des nominations aux postes de direction et des investitures, donc lui concéder un avantage et partir avec un décisifs dans la course à l’Élysée, qui est bien sûr en filigrane de toute cette affaire. Mais laisser exploser le parti reviendrait à compromettre les chances aussi bien de celui qui en hériterait que de celui qui le quitterait. Voilà pourquoi, au bord de la rupture, chacun des deux camps a jusqu’ici évité l’irréparable. Mais combien de temps encore l’unité, ou la fiction de l’unité tiendra-t-elle, et pour commencer, l’arbitrage d’Alain Juppé sera-t-il accepté par celui qu’il défavorisera ?

Or, au-delà du ridicule qui affecte et déconsidère les deux protagonistes, leur affrontement a désormais un contenu qui apparaît de plus en plus évident. Le choc de deux personnes, de deux ego, et des deux clans qui les soutiennent, se double et s’aggrave d’un dissentiment fondamental sur la ligne. D’un côté, la devise est : à toute. Jusqu’où, et avec qui ? De l’autre, on penche vers un centre plus ou moins mou, au risque d’exaspérer les tenants d’une droite forte, populaire et décomplexée qui se réclame de Nicolas Sarkozy, du moins celui que l’on a entendu s’exprimer pendant la campagne présidentielle et qui disait tout haut ce que Patrick Buisson lui soufflait tout bas (version contemporaine de Cyrano de Bergerac et de la scène du balcon).

Alors, Copé, Fillon ? Fillon, Copé ? Celui des deux qui l’emportera, à supposer que l’un des deux l’emporte, héritera d’un parti dont la moitié des militants, d’entrée, lui seront hostiles. On lui souhaite bien du plaisir.

24 novembre 2012

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