L’UMP demeure décidément cet attelage improbable de personnalités aussi disparates et hétéroclites que le souverainiste Guaino et le libéral-libertaire Juppé, le réaliste-conservateur Wauquiez et le centriste Raffarin, le catholique Mariton et la bobo mondialisée Kosciusko-Morizet (NKM). Mais cette impotente machine est également un ramassis d’idées droitières devenues folles, désormais réduites aux acquêts d’éléments de langage insipides. Au vrai, cela fait belle lurette que ce mastodonte que l’on dit placé, par paresseuse habitude, à droite de l’échiquier politique français, n’engendre ni ne brasse plus aucune idée.

Une preuve supplémentaire de cette abyssale et consternante vacuité nous est fournie par la promotion de NKM et Laurent Wauquiez, respectivement nommés aux fonctions de vice-présidente (notamment chargée de « définir la ligne politique du parti » – interdit de rire !) et de secrétaire général du parti. Entre la première qui prône l’ouverture des commerces le dimanche au motif que les grandes métropoles vivent désormais « 24/24 et 7 /7 » et le second qui, courtoisement, ne répugne pas à fréquenter les lignes de crêtes programmatiques d’une Marion Maréchal-Le Pen, deux mondes opposés. A priori.

NKM est l’incarnation de cette bourgeoisie-bohème éthérée et cosmopolite dont les initiales, furieusement modernes (depuis JFK, on ne compte plus les JJSS, DSK, BHL, FOG, MAM, etc.), symbolisent précisément cette rupture croissante et irréductible entre le pays réel et le pays légal. Ce même clivage ethnique et social explosif mis en exergue par le géographe Christophe Guilluy, entre les 40 % de la société française enfermés dans la tour d’ivoire des métropoles mondialisées, féminisées, diplômées, connectées et multiculturelles et les 60 % tenus pour quantité négligeable, relégués aux limbes périurbaines, hautainement méprisés pour leur attachement atavique (donc forcément passéiste) à une certaine décence commune et dont l’immarcescible tare consiste à voter FN. Salaud de peuple !

Quant au second, normalien, agrégé d’histoire, major de l’ENA, il prône une remise à plat de l’ ramenée à six pays, se dit opposé au « mariage » homosexuel et vitupère contre l’assistanat généralisé dont notre pays détient la palme.

C’est bel et bon et nos concitoyens, par la magie trompeuse du verbe médiatique, tout en chimères et artifices, se laisseraient prendre au piège anesthésiant des apparences de ces compères si manifestement dissemblables, à l’instar de la carpe et du lapin. Problème : le sont-ils réellement ?

Il est un fait que si l’on veut espérer faire carrière en politique, le consortium « UMPS » offre encore aux Rastignac peu farouches et sans vergogne, à force d’intrigue, d’entrisme et d’entregent, la promesse d’une ascension plus ou moins rapide aux cimes du pouvoir. À ce haut niveau d’arrivisme, la politique n’est plus affaire de conviction mais de cynisme. Elle devient politicienne. Bien que dégageant encore une odeur de soufre, le FN suit la même pente.

NKM, Philippot, Peltier, Wauquiez perceraient-ils sous Machiavel ?

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