Editoriaux - Médias - Politique - 7 avril 2015

UMP : des primaires très secondaires

Inaugurées par les socialistes en 2011, les primaires se sont imposées comme le subterfuge par excellence pour monopoliser l’espace médiatique pendant d’interminables semaines, au rythme de foisonnants lieux communs d’une pétrifiante vacuité. Au terme de débats hautement soporifiques, le PS avait-il pu ainsi introniser son candidat par défaut, François Hollande, en remplacement de Dominique Strauss-Kahn, retenu, lui, à New York par des ébats bassement anatomiques.

Se sentant obligés de se prêter à ce laborieux exercice pour désigner leur nouveau président de parti en 2012, après que leur leader naturel se fut reconverti en conférencier de luxe, les ténors de l’UMP ont orchestré un pathétique combat de coqs opposant Jean-François Copé, l’amateur de viennoiseries, à François Fillon, le Barrichello qui se rêve Schumacher mais se fait toujours avoir à la fin. Le psychodrame, qui atteignit son point d’orgue avec l’entrée en scène de l’inoubliable CONAR (Commission nationale des recours), fit les gorges chaudes des médias et le désespoir des militants.

Revenu depuis remettre un peu d’ordre dans un panier de crabes qui partait complètement en vrille, Nicolas Sarkozy se retrouve dans la situation un peu ridicule de l’ancien chef d’État omnipotent contraint de passer par la case « primaires » pour être candidat aux présidentielles de 2017. Le risque est multiple : les dissensions intestines de l’UMP n’en resurgiront que plus saillantes et irréconciliables. Les querelles d’ego qui exaspèrent les Français seront d’autant attisées. Le centre, qui devrait participer aux festivités, sera purement et simplement occulté par les stars de l’arène Umpiste. Et, en filigrane, émergera le sempiternel dilemme qui agite la classe politique : comment vaincre la montée inexorable du FN ? Ce FN qui n’a pas besoin d’un télé-crochet politique pour s’attribuer un chef incontesté, qui préfère parler des vrais problèmes du peuple que de s’appesantir sur les bisbilles internes, qui défend une ligne claire là où d’autres se perdent en digressions embrumées.

Fort des leçons passées de l’école buissonnienne, Sarkozy va retenter d’embrigader les électeurs frontistes, tandis que Juppé, chantre du multiculturalisme et du vivrensemble simulé, s’efforcera d’attirer dans ses filets l’aile gauchisante de l’UMP, du centre, et les innombrables déçus du hollandisme. Quant à Fillon, ne pas l’enterrer trop vite. Tapi dans l’ombre, il attendra patiemment que les deux rivaux historiques s’essoufflent et lassent l’auditoire avant de refaire surface. Une stratégie qui pourrait s’avérer payante. En arrière-plan, les autres prétendants feront de la figuration, dans la perspective d’obtenir un score suffisant pour briguer un ministère régalien en cas de victoire en 2017.

Comme toujours, ces primaires ne seront que des tremplins aux ambitions personnelles de chacun, et ne serviront en rien les intérêts de la France. À l’inverse, elles parasiteront les vraies priorités. Elles ne seront qu’une mascarade au dénouement connu d’avance, comme le dénonce Nicolas Dupont-Aignan. À moins que le présumé vainqueur ne soit entre-temps rattrapé par la batterie de casseroles qui pendouillent à ses basques. Auquel cas, la droite devra, comme la gauche naguère, se voir adjuger un candidat par défaut. Réponse en novembre 2016. On n’a pas fini d’en entendre parler.

À lire aussi

Chômage : le naufrage de François Hollande

Non seulement François Hollande n’a pas su inverser la courbe, mais il a semé à tout vent …