Ah, c’est vraiment trop drôle ! Devinez comment M. Fillon a baptisé le nouveau parti dans lequel il se propose de regrouper ses partisans face à ceux de M. Copé. Au lieu de l’appeler, je ne sais pas moi : (canal historique) ou UMP (marque déposée), il l’a affublé d’un acronyme particulièrement désopilant : RUMP (Rassemblement pour l’UMP). Or, comme cela n’échappera à aucun angliciste digne de ce nom, dans la noble langue de Shakespeare ce mot signifie tout bonnement « croupion », aussi bien dans son acception anatomique (cul, postérieur) que dans son sens figuré lui aussi péjoratif (Rump Parliament : parlement croupion) !

Ça commence mal, ou plutôt ça continue mal pour ce pauvre M. Fillon. Déjà, alors que tous nos médias, prenant leurs désirs pour des réalités et s’appuyant sur des sondages sur mesures, le donnaient par avance largement gagnant, il a rencontré auprès des militants de l’UMP un échec cinglant dans les internes à son mouvement. Car, qu’il soit arrivé premier ou second de ce scrutin, qu’il ait obtenu 100 ou 1 000 petits suffrages de plus ou de moins que son rival, ne change rien à la triste réalité : il a totalement raté son coup et la simple décence aurait dû lui imposer de le reconnaître et de se retirer sans faire d’histoires. Mais, après avoir été pendant cinq ans auprès du Président Sarkozy un Premier ministre fantoche (ou potiche, comme on voudra), le voilà qui s’est mis, avec des mines de gamin boudeur fâché d’avoir perdu sa partie de billes, à vouloir farouchement entrer en résistance. Pathétique !

On comprend bien que le discours « décomplexé » de M. Copé ait paru aux militants UMP plus attractif que le brouet fadasse et tiédasse que leur proposait son adversaire. Peut-on cependant leur conseiller de ne pas trop se faire d’illusions sur la sincérité de leur champion sous peine de se réveiller un jour très déçus ? Que ne voient-ils qu’il s’agit d’un personnage dépourvu de toute vraie conviction et prêt à tout pour arriver, d’un démagogue qui fait son petit Sarkozy en prodiguant de belles paroles qui ne lui coûtent pas cher mais qui, si jamais – ce qu’à Dieu ne plaise ! – il parvenait un jour à réaliser son ambition présidentielle, pourrait se révéler encore pire que son modèle ?

Il y a déjà longtemps que le avait remarqué, sur le ton désabusé qui était souvent le sien, qu’« en , la gauche trahit l’État et la trahit la Nation. » Aujourd’hui, ce sont MM. Pierre Péan et Philippe Cohen, dans le livre qu’ils viennent de faire paraître, qui notent à leur tour : « La droite et la gauche ont déjà offert à Le Pen un magnifique cadeau politique dont les deux payent encore le coût au prix fort. La droite a abandonné la nation à Le Pen. Quant à la gauche, elle commence à lui céder le peuple. » Et qui sait si ce n’est pas de ce côté-là que se situe l’espoir d’enrayer cette fatale course vers l’abîme où nous entraînent tranquillement les « traitres » (comme disait le Général) de tous bords.

2 décembre 2012

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