La menace de sanctions internationales a été mise à exécution. Bruxelles et Washington ont décidé de tomber à bras raccourcis sur la . C’est la première fois que l’Europe frappe si sévèrement le pays de Vladimir Poutine. En plus d’être inutiles, voire contreproductives, ces sanctions sont les témoins d’une conception binaire, surannée et manquant pourtant de recul historique, de la marche du monde.

Les sanctions internationales, c’est admis, ne servent à rien. Tout juste offrent-elles aux grandes puissances un moyen de se gargariser, en se réintroduisant par la force dans une équation de laquelle elles avaient été exclues, vexées. Ça les fait se sentir incontournables, certes, mais ça n’empêche en rien les pays cibles de continuer de contourner leurs diktats. Bref, c’est une réponse fate et inappropriée.

Le nœud du problème, c’est bien sûr l’Ukraine, pays charnière, écartelé entre deux cultures. La Russie, pour paraphraser Obama, refuserait de reconnaître que l’Ukraine peut « suivre sa propre voie ». Si l’on veut bien y regarder à deux fois, on se rend pourtant compte que les choses ne sont pas si simples. Par « suivre sa propre voie », Obama entend en fait « suivre celle que l’Occident a tracée pour elle ». Et l’on n’est pas loin de reconnaître qu’elle a raison, la Russie, de ne pas se laisser faire.

Depuis la dislocation de l’URSS, force est de constater que l’ours russe est traité avec une forme de désinvolture par l’Ouest. Le refus de l’UE de l’inviter à la table des négociations lors des pourparlers sur l’accord de libre-échange avec l’Ukraine ne dit pas autre chose. Un épisode qui rappelle la façon dont la Russie est méprisée dans la question de l’élargissement de l’ à l’Est, malgré la promesse occidentale faite en 1990 à de laisser le "machin" tel quel. De fait, entre temps, l’OTAN est passée de 16 à 28 pays, tous les nouveaux membres se situant… à l’Est.

Snobée, la Russie réussit l’exploit d’être à la fois considérée comme entité négligeable et incarnation du mal. Le champ lexical entourant le dossier ukrainien en témoigne. Dès que Poutine ou son pays sont cités, on parle de « pressions », de « manœuvres », de « stratégies ».

Sa volonté de ne pas se laisser déborder sur son flanc ouest est pourtant des plus légitimes. Sans verser dans un impérialisme à l’américaine, la Russie n’a jamais caché son attachement aux pays constituant l’ancien bloc de l’Est. L’Ukraine, encore culturellement arrimée à l’URSS, est de ceux-là.

Partant du postulat inepte que la Russie est intrinsèquement toxique, l’Occident n’arrive pas à considérer le rapprochement de l’Ukraine avec l’UE autrement que comme une bonne chose pour le pays de Porochenko. « On le forcera d’être libre », disait Jean-Jacques Rousseau dans son Contrat . C’est un peu cela. Et peu importe ce qu’en pensent les Russes.

Encore une fois, c’est se retrouver dans la position contradictoire de nier tout pouvoir à la Russie, tout en la considérant dans le même geste comme un danger prégnant. C’est, enfin, organiser à la hache une partition de l’Est quand il faudrait être orfèvre, proposer une réponse manichéenne et simpliste à un problème d’une grande complexité.

6 août 2014

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