À peine troublée quelques jours par les remous d’une révolution à tous points de vue lointaine, la vie de tous les jours a repris en Crimée. Les Bourses, qui s’effraient d’un rien et se rassurent de peu, retrouvent des couleurs. Au lendemain de grandes manœuvres qui préludaient, nous serinait-on, à l’agression, à l’invasion, au massacre, au génocide et à la Troisième Guerre mondiale, les troupes russes ont gentiment réintégré leurs casernes. Le « dictateur fou », ainsi que le qualifient avec une modération exemplaire nos médias, a tenu une conférence de presse où il a présenté un point de vue qui vaudrait d’être analysé si l’on préférait l’argumentation à l’injure, plaidé pour la légitimité de sa réaction, et annoncé la pause, dans l’attente des référendums régionaux qu’il souhaite voir se tenir sur le territoire ukrainien, en dépit des objections qu’y voient les tenants d’une sans participation du peuple. Un tir de missile – tir de routine, tir de — a ponctué l’épisode que nous venons de vivre.

C’est le moment qu’ont choisi les grandes démocraties occidentales pour hausser le ton et agiter l’épouvantail de sanctions diplomatiques, économiques, financières, individuelles et générales, sans préjudice d’actions encore à l’étude qui mettraient la au ban de la civilisation comme elle le mérite. Avez-vous déjà vu deux automobilistes après une priorité refusée ou un froissement d’aile ouvrir leur portière, se porter à la rencontre l’un de l’autre, se toiser, s’injurier, s’empoigner sous les regards terrifiés de leur et l’œil intéressé des badauds ? Le plus sage des deux reprend son sang-froid, met un terme à la confrontation et frustre l’assistance de la bagarre espérée… C’est au moment où il s’éloigne et où on a presque perdu de vue sa voiture, les circonstances et les motifs de l’affrontement, que celui qui est resté sur place traite enfin l’absent de dégonflé et lui fait un magnifique bras d’honneur.

Il est certain que des sanctions pourraient faire mal à la Russie et, en passant, aux intérêts occidentaux investis en Russie, tout comme il est clair que des mesures de rétorsion russes entraîneraient quelques dégâts pour l’ et pour les partenaires commerciaux ou industriels de la Russie. Il est peu probable que l’on aille très loin dans cette voie et le paparazzo qui a réussi à photographier le document confidentiel où le gouvernement britannique donnait de discrètes instructions de modération à ses représentants, alors même qu’il tenait publiquement un langage de fermeté, a montré la vérité toute nue. Non seulement il n’y a ni envie ni raison de mourir pour Kiev mais l’Occident, dans sa munificence, limite à un milliard d’euros et à ses vœux de réussite l’aide qu’il est disposé à accorder au gouvernement intérimaire issu de Maïdan quand l’Ukraine, au bord de la faillite, a besoin d’urgence de trente-cinq milliards et que Moscou peut encore alourdir la note en augmentant dès le début avril sa facture de gaz.

Gêné dans un premier temps par la balourdise et les erreurs de son protégé Ianoukovitch, le président russe a exploité les fautes de ses adversaires et retourné la situation à son profit. La Crimée est d’ores et déjà en passe de tomber toute rôtie dans son escarcelle, en attendant la suite. Voilà ce qui arrive quand des joueurs de bonneteau se mesurent à un maître des échecs, quand des débutants rencontrent une ceinture noire de judo.

6 mars 2014

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