On peut lire la crise ukrainienne comme une pittoresque et sordide partie de poker menteur : « Tout le monde doit mettre au pot », dit l’un (british) ; « J’ai promis 15 milliards et une réduc’ sur le gaz, j’ai versé 3 milliards mais je suspends un versement de 2 milliards », dit le Russe, très mécontent de ce qu’il appelle un « coup d’État ». Quant à l’Union européenne, elle murmure, au tapis : « 610 millions, je peux ». Bref, faudra payer pour voir. C’est à dire pour contrôler ce pays, ses richesses, son rôle historique de tampon et de lieu de passage entre l’est et l’ouest ou le sud de l’ via la mer Noire.

L’, sur le papier, est un pays riche mais proche du défaut de paiement. Il manque 35 milliards. L’, sur le papier, est un pays dont l’indépendance découle de l’éclatement de l’ex-Union soviétique. Cet éclatement a réveillé de vives tendances à la dissidence vis-à-vis de Moscou.

L’ours russe, pour user d’une vieille métaphore, fait en ce moment le dos rond, en grognant de plus en plus fort. Mais l’ours ne tardera pas, d’une manière ou d’une autre, à manifester sa conception : c’est lui le patron dans cette région du monde, vieil héritage de l’empire des tsars. Oui, mais l’Ukraine a déjà été partagée, ou dépecée, et les plaies politiques héritées tant de la période soviétique (famine organisée, puis soumission au knout) que de l’occupation nazie (ralliements à l’Allemagne, massacres antisémites, et antibolcheviques, puis répression idem) ne sont pas toutes refermées ou oubliées. Ces plaies sont même constitutives des célébrations de la « Grande Guerre patriotique ». Du côté de Simferopol, en Crimée, des milices remettent l’uniforme de l’Armée rouge ! Ne jamais oublier qu’elle a payé, l’Armée rouge, et les peuples ex-soviétiques avec, le prix le plus élevé de la victoire de 1945. L’accès russe à la Méditerranée enfin, via la mer Noire, n’est pas négociable, ni avec l’Ukraine, ni avec personne.

Voilà qui explique l’insistance diplomatique des États-Unis, de la France et de l’Allemagne pour un maintien de l’unité ukrainienne actuelle : personne n’a envie d’une partition ou d’une solution « fédérale » (Poutine moins que d’autres, car cela pourrait réveiller d’autres envies aux marches et aux marges de sa Russie).

Alors ? Il est probable que les Ukrainiens, victimes des prédateurs post-soviétiques (Timochenko ou Ianoukovitch et leurs amis respectifs, sinon respectables, à jeu égal sans doute) subiront le sort des Grecs : la ceinture de l’austérité obligatoire imposée par le FMI et les prêteurs ou autres joueurs de poker autour du tapis diplomatique.

Bref, le progrès fait rage.

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