Ubu roi aux commandes de l’Europe ?

Il a suffi d’une image pour obliger les gouvernements européens à prendre des décisions concernant l’immigration. À force de tweets et de quelques manifestations de rue, l’émotionnel a une fois de plus frappé. Mais l’émotion peut-elle conduire à de bonnes décisions ?

Quelle cacophonie ! Chaque pays y va de sa solution. Mme Merkel la miséricordieuse ouvre ses larges bras et fait honte au reste de l’Europe. Mais à y regarder de près, c’est à peu de frais : l’Allemagne a besoin de main-d’œuvre bon marché pour continuer à exporter. De plus, son droit du sol est très restrictif : les immigrés et leurs enfants n’y auront jamais droit ; ce qui n’est ni le cas de la France, ni le cas de la majorité des pays européens. La Hongrie réjouit les usines de fil de fer avec ses barbelés, la France réinvente les scouts avec ses camps, les Anglais exportent leurs bobbies. Bref, chacun bricole pendant que Grecs et Italiens servent de ponton de transit.

Et l’Europe, dans tout ça ? Où est donc M. Juncker (élu président de la Commission grâce à l’appui de la France, quelle bonne pioche !) ? Cela fait des mois que le problème de l’immigration sauvage lui est posé. C’est à croire que l’administration bruxelloise pléthorique et surpayée fait tout pour que l’idée européenne s’effondre. Elle laisse chaque État se dépatouiller avec des problèmes qui ne lui sont pas propres.

Les rêves européens tombent en lambeaux les uns après les autres. La Pax Europaea ? Heureusement que l’OTAN (US) était là lors de la crise ukrainienne ou balte. La communauté économique ? Que chaque État gère sa crise du porc ou du lait. La crise grecque ? Un débat franco-germanique. La protection sociale et l’identité culturelle ? Bruxelles n’en a cure. Et maintenant les lois et Constitutions des pays européens face à l’immigration ? Foulées aux pieds, émotion populaire exige. Dernière idée géniale : en revenir aux tickets de rationnement de l’après-guerre. N’appliquez pas les traités, répartissons les migrants par quotas. Comme si l’arrivée massive de migrants culturellement différents s’assimilait à des ballots de coton ou des grumes de bois exotique…

Finalement, la crise du porc, la crise ukrainienne, la crise grecque, la vague des migrants mettent à jour les failles d’une Europe qui, en 45 ans, a été incapable de fédérer, d’harmoniser le droit, la fiscalité, et de coordonner les politiques à travers une défense commune. Elle n’est qu’un vaste marché de biens et de finances ouvert aux appétits des Anglo-Saxons. La protection, c’est l’OTAN. Le social, c’est le chacun pour soi. Les banquiers sont intouchables car internationaux. Finalement, il reste aux politiques à gérer les chômeurs, les assistés et les maisons de retraite et, maintenant, les migrants.

L’immigration n’est que la énième crise européenne, et gérée comme les précédentes à la façon du Père Ubu.

Le piquant est que, dans cet abandon, chaque dirigeant européen décide en semblant ignorer le peuple qu’il est censé représenter. En France, par exemple, il paraît que 54 % des Français (en dépit de la pression médiatique) persévèrent à être hostiles à l’immigration illégale. Que des mal-pensants ! Pas question d’en tenir compte.

Et pourtant, avec un peu de modestie, ne serait-il pas plus simple de demander aux citoyens de trancher ? Les Suisses, avec leurs votations nationales ou par cantons, savent le faire, pourquoi pas nous ? La démocratie par procuration ne peut pas être un blanc-seing pour cinq ans. Sur les grandes questions qui mettent en jeu la nation, pourquoi pas des référendums (le président de la République le peut) ? Nos dirigeants auraient-ils peur du peuple ? À défaut, il nous reste les pétitions. C’est insuffisant. Cinq ans, c’est long.

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