Editoriaux - Politique - Société - Table - 28 janvier 2016

Quand les tweets de Mgr Aillet s’attirent les foudres de nos gouvernants

C’est curieux, comme nos politiciens bien-pensants, si attachés au dogme de la laïcité, refusent aux autres la liberté de conscience et d’expression qu’ils revendiquent à longueur de temps pour eux. Car, si on en croit la loi du 9 décembre 1905 que les socialistes veulent constitutionnaliser, “la République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public”.

Cette fameuse loi a donné à l’Église une liberté de parole absolue. Auparavant, un évêque qui portait un jugement critique sur l’action du gouvernement pouvait faire l’objet de poursuites devant les juridictions administratives. Dès lors que l’État le rémunérait, son statut de « fonctionnaire » lui imposait une certaine réserve. Depuis 1905, la volonté de l’État de séparer strictement les domaines temporel et spirituel lui interdit, du même coup, de se plaindre de tel ou tel propos.

La position de l’Église au sujet de l’avortement est claire et bien connue. Nul n’est obligé de la partager, mais nul ne peut lui interdire de l’exprimer. C’est pourtant ce que vient de faire un député socialiste, madame Capdevielle. En cause, deux tweets de l’évêque de Bayonne, Mgr Marc Aillet, qui n’a pas l’habitude de la langue de buis. Dans le premier, il écrit : “L’État prétend protéger les citoyens contre Daech et s’engage dans une campagne pro-IVG condamnant des innocents à la violence : illisible !” Quelques jours plus tard, il ajoute : “Peut-on rester insensible devant ces 220.000 enfants à naître, littéralement broyés dans le sein de leur mère, chaque année en France ? Pitié !”

Colette Capdevielle s’étrangle d’indignation : “Il n’appartient pas à un responsable religieux de faire de la politique de manière aussi violente et de ne pas respecter la loi.” Ah bon ? On aimerait entendre cette dame régir de la même manière lorsque des responsable musulmans profèrent des propos directement contraires aux us et coutumes de notre société ou gardent un silence prudent face aux actes terroristes qui ensanglantent notre pays. Et la loi interdit-elle d’être opposé à l’avortement ?

Marisol Touraine, quant à elle, estime que les réseaux sociaux “pullulent d’interpellations, d’interventions contre l’interruption volontaire de grossesse qui sont à la fois insupportables, inacceptables et irresponsables”.

Il faudrait savoir, à la fin, ce que l’on veut. Il est impossible de soutenir que chacun dispose de sa liberté de conscience et d’opinion, et dénoncer en même temps toutes celles qui s’opposent à la ligne officielle du gouvernement. À ce titre, madame Touraine et ses amis ne sont pas honnêtes ! Qu’ils déclarent officiellement qu’en France certaines opinions sont interdites et que leur expression est répréhensible ! Nous aurons franchi un pas de plus dans la dictature des idées, mais au moins les choses seront claires.

En attendant ce renforcement idéologique, qui nous rapprochera un peu plus d’une société orwellienne, un évêque a le devoir de comparer les 220.000 avortements annuels à un massacre. S’il ne le faisait pas, il trahirait sa vocation. Que cela plaise ou non, il est autant dans son rôle qu’un résistant face à la tyrannie, qu’une Sophie Scholl décapitée par les nazis en 1943 ou que les « lanceurs d’alerte » dont on encense l’esprit « citoyen » (langue de bois, quand tu nous tiens).

La liberté d’expression, c’est pour tout le monde. Sinon, qu’on revienne à l’ancien système : faire des religieux des salariés de l’État, qui pourra alors leur imposer de penser correctement. Est-ce à cela que nos dirigeants veulent aboutir ? Souhaitons-leur bien du courage !

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