Editoriaux - International - 27 novembre 2015

La Turquie hier comme aujourd’hui ?

La démonstration de « sympathie explosive » manifestée par les Turcs à l’égard des Russes, en délestant récemment ces derniers d’un avion de combat, participe, selon moi, d’un élan d’« amour » pour le monde chrétien qui ne date pas d’hier. Pour mémoire, voici quelques événements qui l’attestent.

En 1071, les Turcs seldjoukides – tribu nomade d’Asie centrale convertie au sunnisme, au Xe siècle – prennent Jérusalem aux Arabes fatimides. Dès lors, les pèlerins chrétiens sont interdits de ville sainte. Même si, avec les précédents propriétaires, ils n’étaient pas toujours à la  noce, ils pouvaient au moins aller prier au Saint-Sépulcre. Cet « incident », entre autres, motivera les croisades. Et c’est aux Fatimides, revenus depuis, que les croisés prendront Jérusalem, en 1099. La ville repassera entre les mains musulmanes en 1187, grâce à Saladin – un Kurde : quel manque de gratitude de la part des Turcs et de Daech de les massacrer aujourd’hui ! -, lequel autorisera les chrétiens à revenir prier relativement en paix.

Un peu plus tard, en 1453, les Turcs s’emparent de Constantinople, avec les massacres de chrétiens invendables aux marchés d’esclaves, pillages et destructions d’usage qui s’ensuivront. Dans la foulée, ils rayeront de la carte la Grèce en tant que nation et ce, jusqu’au XIXe siècle. C’en est fini de la civilisation byzantine. La basilique Sainte-Sophie devra porter le voile islamique !

Plus tard, en 1529 et 1683, les Turcs se frottent à Vienne, en Autriche, devenu alors un rempart à leur avancée. Le second siège mettra un terme à l’expansion ottomane en Europe centrale et permettra la reconquête progressive des territoires tombés sous leur domination.

Passé ces indéniables marques de vivre ensemble, les Turcs combattront ensuite aux côtés de l’Allemagne, pendant la Première Guerre mondiale, où ils expérimenteront sur les Arméniens – encore des chrétiens ! – l’extermination de masse organisée, petit détail qu’ils récusent toujours avec force, menaçant régulièrement les pays qui reconnaissent ce crime pour ce qu’il est : un génocide.

Donc, exception faite de l’alliance avec les Allemands, et à moins d’avoir la foi mauvaise, on est forcé d’admettre que tout ce qui rappelle de près ou de loin les fidèles du Christ ne plaît pas beaucoup aux Turcs !

Dit autrement, Ankara s’accommode beaucoup mieux de Daech que du christianisme. Reconnaissons cependant aux Turcs – responsables d’autres massacres lors de la guerre d’indépendance grecque au XIXe siècle – d’avoir été une source d’inspiration majeure pour Victor Hugo qui, songeant à la Grèce révoltée, composa un bouleversant poème, “L’Enfant” (in Les Orientales). Le premier vers illustre à merveille mon propos : “Les Turcs ont passé là. Tout est ruine et deuil.”

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