Le coup d’État en fait peur. Ce pays est, en effet, considéré comme un élément stable dans la poudrière proche-orientale. D’autant qu’on nous parle d’un axe militaro-islamiste qui projetait de renverser un dirigeant élu. Erdoğan rempart contre l’islamisme ? Voire. De Kadhafi à Bachar el-Assad, de nombreux dirigeants arabes ont joué double jeu, se présentant comme des remparts contre l’islamisme pour séduire l’Occident, tout en laissant en sous-main certains islamistes prospérer, de manière à troubler le jeu et à diviser pour mieux régner.

Le coup d’État a échoué. Ce genre d’opération qui fait un flop au sein de l’armée, et s’attire l’hostilité de l’opinion publique, renforce la popularité du pouvoir en place et lui laisse les mains libres. Contrairement aux coups d’État pakistanais de 1999 ou égyptien de 2009, effectués par l’ dans les règles de l’art, ce coup d’État raté ressemble à celui de 1991 en URSS qui, selon certaines sources, aurait été réalisé avec l’aval de Gorbatchev. L’aventurisme de la tentative de coup d’État turc alimente le soupçon de vrai-faux coup d’État, sorte de Nuit des longs couteaux destinée à mettre au pas une armée de culture kémaliste.

L’hypothèse d’un coup monté (ou machination fomentée) paraît renforcée par la version romancée d’un chef d’État en vacances, qui aurait été informé du coup d’État par CNN. Autre indice, signalé par le site spécialisé Al-Monitor : « La rapidité et l’envergure de l’action de l’exécutif sont remarquables. Cela donne l’impression que le et Erdoğan s’étaient préparés à une tentative de coup d’État. » La seconde hypothèse est que ce coup d’État, sans être suscité, a pu être connu des services turcs, qui ont laissé faire.

Ce qui est sûr, c’est que le chiffre de 290 morts est, pour un coup d’État du XXIe siècle aux portes de l’Europe, un chiffre considérable. Qu’on en juge par quelques exemples : 400 morts pour le « carnage » du coup d’État de 1852, ourdi par Napoléon III ; 400 morts lors des « Pâques sanglantes » de 1916 en Irlande ; une dizaine lors de la « nuit sanglante » au Portugal en 1926 ; 340 imputables à la sinistre SAVAK iranienne, qui sévit durant quinze ans ; 150 imputables à la répression du soulèvement populaire iranien de 2009 ; une centaine pour le putsch égyptien suivi de la répression de la révolte de la place Tahrir.

Deuxième enseignement : ce 5e coup d’État (ou tentative de) survenu depuis un demi-siècle place la Turquie derrière l’autre pays musulman de tradition démocratique, l’Indonésie. Le troisième enseignement porte sur les quelque 7.000 arrestations, notamment de militaires et magistrats haut placés. Alors qu’Angela Merkel l’exhortait à réprimer démocratiquement, a répondu que les putschistes devraient « payer le prix fort ». Ce langage menaçant confirme ce que l’on savait de la turque : elle est politique, de type « garde du palais », capable de « faire parler » et de ne pas élucider certains meurtres. Quant au raïs turc, il est fidèle à lui-même. Mais qui osera l’accuser de populisme ?

20 juillet 2016

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