Editoriaux - Histoire - International - 6 décembre 2015

La Turquie est-elle un allié fiable ? (IIe partie et fin)

Poser la question de savoir si l’on peut compter sur la Turquie comme allié peut paraître surprenant. La Turquie, deuxième armée de l’Otan et candidate à l’U.E., devrait en principe être considérée comme un allié fiable par les Occidentaux. Si ce n’était l’instabilité identitaire de la population de la Turquie : la sécession des régions de l’Est à prévalence kurde est plus que jamais d’actualité.

J’ai bien parlé de “la population de la Turquie” et non pas de “population turque“. Car comment considérer ce pays comme un bloc monolithique alors qu’il est composé d’une vingtaine d’ethnies différentes : si l’on prend par exemple les Kurdes et les Alévis, ils représentent à eux seuls, au bas mot, quelque 15 millions d’âmes sur 75.

La hantise des dirigeants turcs est de voir apparaître un Kurdistan dans l’Est de l’Anatolie. Ceci explique en grande partie le double jeu de la Turquie quand elle a finalement accepté de participer à la coalition américano-arabe contre l’EI : elle a tourné ses armes plutôt contre les Kurdes (YPG), que contre les terroristes de l’EI. Depuis août 2014, la Turquie a bombardé les Kurdes de Syrie et d’Irak 300 fois et 3 fois seulement l’EI ! La bataille de Kobané fut et restera le symbole éclatant de cette trahison turque.

La Turquie un atout ou un handicap dans le combat contre Daëch ?

Lors du sommet du G20, le 15 novembre à Antalya, le président russe Poutine a dénoncé, preuve à l’appui sans les nommer, les États participant à la conférence qui soutiennent L’EI. Il a publiquement mis en cause personnellement le président turc pour ses violations réitérées des Résolutions du Conseil de sécurité et son financement de L’EI.

Et ce n’est qu’après ces révélations que les présidents Poutine et Obama se sont mis d’accord pour détruire les colonnes de camions-citernes de la famille Erdoğan afin de mettre ainsi un terme à ce trafic pétrolier, principale source de financement de L’EI. Le même jour, enfin, les Etats-Unis bombardaient pour la première fois depuis un an et demi des convois de camions-citernes en Irak tandis que l’armée russe de son côté en détruisait plus de 500 en Syrie.

Si les Occidentaux veulent réellement annihiler l’EI, ils devraient d’abord exiger qu’Erdoğan cesse ses attaques contre les forces kurdes afin qu’elles puissent librement combattre L’EI. Si les Kurdes s’emparaient de Jarablus, la dernière ville contrôlée par l’EI sur la frontière turque, cela couperait les voies d’approvisionnement qui relient la Turquie et Raqqa, « capitale » de l’État terroriste, tarissant alors leurs ressources humaines et matérielles. Au demeurant, qu’Erdogan considère la prise de Jarablus comme une ligne rouge à ne pas dépasser est particulièrement révélateur.

La Turquie n’est entrée dans la Seconde Guerre mondiale aux côtés des Alliés qu’en février 1945. Alliance bien tardive, et militairement insignifiante. Quoiqu’elle ait au final permis à la Turquie de siéger aux Conférences de paix dans le camp des vainqueurs. En tirant les leçons de l’histoire, la coalition doit par conséquent demander à la Turquie de choisir définitivement son camp, ici et maintenant, dans la lutte collective contre L’EI.

L’Europe s’est trompée en appliquant des sanctions contre l’allié de poids qu’est la Russie pour aller s’agenouiller devant Erdogan en espérant sa coopération au sujet des “migrants“, tout en fermant simultanément les yeux quant à ses liaisons dangereuses avec l’EI.

L’urgence est à un changement radical en refusant le chantage turc relatif au déferlement migratoire, ceci afin de donner toute latitude à ceux qui combattent L’EI sur le terrain d’accomplir leur mission salvatrice jusqu’au bout.

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