Ce ne sont pas les armes qui tuent mais les hommes : Richard Durn ou Mohamed Merah ont tué sans retenue dans un pays — le nôtre — qui contrôle pourtant sévèrement ses armes à feu. Il n'y a pas trop d'armes en circulation aux États-Unis, il n'y en a au contraire pas assez, mais elles sont, de façon disproportionnée, dans de mauvaises mains : si les instituteurs de Sandy Hook avaient été armés et entraînés, le bilan, terrible, aurait pu être 2, 5, 10 fois inférieur peut-être.

Un constat double et incontestable. D'abord, l'État, aux États-Unis comme en France, est de moins en moins capable de protéger ses ressortissants face à une polymorphe qui s'accroît partout. Ensuite, le contrôle sur les armes à feu aboutit à ne désarmer que les innocents et ceux qui respectent la loi : voyous et terroristes, eux, entassent les armes de guerre.

Mais alors, quelles sont les raisons de l'unanimisme bêlant dont ont fait preuve les médias français à l'occasion de ce massacre ? « Faut-il désarmer les américains ? » s'interroge gravement Le Parisien ; « l' face à sa folie des armes » décrète même Le Monde. Partout une seule ligne, un seul refrain : les armes seraient les grandes responsables de la croissante que nous voyons monter autour de nous. Pas une dissension, pas un organe de presse ou un média qui fasse entendre un autre son de cloche. Pourquoi ?

La première raison, à mon sens, tient à la nature du système médiatique. Plus on s'élève dans la superstructure étatique, plus les armes — leur possession par les citoyens et leur port — apparaissent comme inacceptables. Aucun État totalitaire n'a jamais laissé ses ressortissants s'armer, précisément parce qu'un contrôle total sur les cœurs et les esprits présuppose des individus vulnérables et qui ont donc besoin d'être protégés. L'État voit toujours d'un œil au mieux méfiant, au pire franchement hostile, le fait que de simples individus puissent s'armer et se défendre, et ce en dépit des professions de foi démocratiques dont on nous abreuve à longueur d'année électorale.

Or les journalistes français sont aujourd'hui, en tout sauf en nom, de véritables fonctionnaires. Ils jouissent d'avantages fiscaux garantis par l'État et d'un pouvoir d'influence qu'ils mettent généralement au service du plus fort. Ils frayent avec les élites politiques et économiques, leurs journaux et leurs chaînes de télé sont grassement subventionnés avec l'argent du contribuable, quand ils ne sont pas purement et simplement « publics » ; ils sont donc de facto les agents sinon de l'État, du moins des puissances d'argent et des pouvoirs qui soutiennent ce dernier. Lorsqu'ils critiquent les armes d'une seule voix, ils ne font donc que défendre leur propre intérêt : l'édification d'une société aux ordres.

La seconde raison est plus complexe, et aussi plus fondamentale : pointer les armes du doigt permet de ne surtout pas parler des vraies raisons qui se cachent derrière la montée de la violence. Ces raisons sont nombreuses, mais ont toutes en commun d'être absolument inabordables par les médias dominants. Le laminage des classes moyennes, sacrifiées par la finance mondialisée sur l'autel des coûts de production, et qui a transformé une génération entière d'Occidentaux en déclassés et en désespérés. La destruction de la cellule familiale, sous les coups de boutoir de « l'esprit de 68 » et de l'impératif de jouissance, qui fabrique des individus fragiles et déséquilibrés. Le multiculturalisme, imposé par les mêmes qui accusent les armes de tous les maux, et qui juxtapose des communautés qui au mieux se méprisent et, au pire, se haïssent. Ou encore le remplacement, à l'intérieur de nos structures mentales, de la légitime (comme l'est l'autodéfense, aujourd'hui présentée comme inacceptable) par une violence omniprésente, esthétisée et virtualisée, souvent gratuite, et qui apprend à nos enfants à savoir tuer au lieu de savoir se battre.

Les armes sont donc devenues un cache-sexe, le bouc-émissaire commode de toutes les turpitudes de nos sociétés suicidaires. En focalisant l'attention sur ces objets inanimés, sur leur disponibilité ou sur leur interdiction, on évite d'avoir à se pencher sur tout ce qui explique réellement la désintégration de plus en plus rapide de notre tissu social. Et pour nos amis journalistes, tant mieux si ça fait vendre.

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28 décembre 2012

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