Editoriaux - International - Politique - Table - Télévision - 20 novembre 2013

Tuerie au Liban, triste bilan…

19 novembre, Beyrouth. Attentat suicide devant l’ambassade d’Iran. 23 morts et 146 blessés. Une fois de plus et peut-être même une fois de trop pour ce petit , le pays du Cèdre, qui concentre, en un territoire à peine plus grand que l’Île-de-France, toutes les contradictions de cet Orient à la fois si proche et si lointain.

Ainsi, dans le quotidien L’Orient le Jour, sorte de Monde local, l’éditorialiste Issa Goraieb reconnaît : « Nul pays au monde, aussi organisé et policé soit-il, n’est totalement à l’abri du terrorisme, surtout quand celui-ci est l’œuvre d’illuminés suicidaires qui ne donnent pas plus cher de leur propre vie que de celle de leurs victimes. Il est des pays cependant que tout désigne implacablement aux coups du terrorisme ; en perdant leur unité nationale, c’est de déficience immunitaire, ce sida des États faillis, qu’ils souffrent en effet. En l’absence d’une autorité réellement fédératrice, leurs peuples sont livrés aux divisions, sinon à l’éparpillement. De paille et de brindilles sont de tels édifices ; sans toit, sans murs, ils sont ouverts à toutes les tempêtes soufflant du dehors. »

Au-delà d’un certain lyrisme typiquement oriental, que nous dit ce journal ? Simplement qu’avec notre politique de la canonnière ayant réduit la Libye au néant et la Syrie au chaos, la poudrière régionale donne dans la surchauffe. Avec des groupuscules de brigadistes internationaux pratiquant un islam halluciné, surarmés par nos soins, répandant une violence aveugle dans une région qui n’en avait jusque-là pas exactement besoin.

Le tout se fait sur fond de partie d’échecs à dimension planétaire. Décryptons. Au cœur de l’affaire, l’Iran et son programme nucléaire. Sûrement pour désamorcer la piteuse visite de François Hollande en Israël, Laurent Fabius a joué les boutefeux à Genève. Nous voilà donc redevenus les meilleurs amis de l’État hébreu, alors qu’il y a quelques jours, le président de la Knesset refusait de recevoir le premier des Français. Comme toujours avec Hollande, la politique à courte vue prime sur le long terme.

Les USA tiennent à renouer avec Téhéran, le seul régime stable de la région. Et dans leur dos, l’alliance contre nature entre Ryad et Tel-Aviv. Tel que le défunt Gérard de Villiers le soulignait naguère en nos colonnes, « Le véritable ennemi d’Israël n’est pas le chiisme enturbanné, mais le wahabbisme saoudien. » Pourtant, l’Arabie Saoudite, plutôt que d’éradiquer Israël de la carte – son vœu le plus cher, malgré les apparences – tient l’Iran pour principal ennemi ; avant de s’en prendre aux chrétiens, les musulmans se font prioritairement la guerre entre eux…

Comme ces deux pays ne peuvent se déclarer une guerre frontale, ils la mènent par voisins interposés. D’où le soutien, en Syrie, de l’Iran et du Hezbollah, son allié libanais, au régime de Bachar Al Hassad. D’où celui de l’Arabie Saoudite aux djihadistes, tandis que le Qatar, pour le moment écarté de l’affaire, tente encore de financer des Frères musulmans, désormais hors-jeu, eux aussi.

Résultat, cet attentat. À Beyrouth, naguère aire de jeu de la guerre que se menaient autrefois OLP et Israël, qui manqua de réduire à néant leur fragile équilibre entre communautés et qui fait dire à son Président, Michel Sleiman : « Le Liban ne permettra pas au terrorisme importé de détruire son tissu social, et ne permettra pas non plus aux parties étrangères de régler leurs comptes sur son sol. » En ce sens, le Liban d’aujourd’hui peut incarner ce que sera l’Orient de demain. Ce qui se joue ici se jouera demain, ailleurs.

Il serait donc pertinent que chacun conserve son calme et écoute, pour une fois, la télévision syrienne dénonçant « l’odeur du pétrodollar se dégageant de tous les actes terroristes frappant la Syrie le Liban, l’Irak… » Il y a là de quoi méditer sur la fameuse politique arabe de la France, jadis raillée par Michel Jobert. Lequel considérait qu’elle ne concernait plus guère que Barbès, le XVIIIe arrondissement parisien et ses proches environs.

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