Les faits : Canada, octobre 2012, une conductrice percute trois cyclistes, tuant un adolescent de 17 ans et blessant grièvement l’un des deux autres. Le manque de visibilité sera la raison évoquée pour expliquer l’accident, sans que l’enquête ne fasse mention du dépassement de vitesse, néanmoins reconnu par la conductrice (90 km/h au lieu de 80). Mais, plus surprenant encore, il ne sera pas pratiqué le test d’alcoolémie d’usage. En outre, le rapport de mentionne tout juste le fait que le mari – lui-même policier – ait été témoin de l’accident. Des détails sans importance, sans doute.

Deux années plus tard, la justice canadienne va instruire deux plaintes : celle des trois familles des adolescents, dont celle de monsieur et madame Majewski, les parents de Brandon – décédé –, et celle de Sharlene Simon, la conductrice en personne pour motif… de dépression et de stress post-traumatique. 1,35 million de dollars réclamés en réparation aux familles des victimes pour avoir perdu le goût de la vie après en avoir soustrait une et ravagé la seconde, il fallait oser ! C’est l’Amérique, vous me direz. Le pays de l’argent roi et de ses loufoqueries.

Imaginons, en France, un cambrioleur de métier arrêté et mis en prison portant plainte contre ses victimes pour le manque à gagner que lui cause son incarcération, sa femme se trouvant dans l’obligation de travailler pour nourrir leurs enfants ? Ou Michel Fourniret se retournant contre les parents de ses petites victimes pour cause de grande dépression, ses instincts meurtriers ne trouvant plus d’exutoire ? Impensable. Enfin, quoique…

En 2012, madame Taubira souhaitait mettre en pratique la “justice réparatrice” pour encourager les auteurs d’infractions et leurs victimes à se rencontrer. Quand vous pleurez un être cher disparu dans d’atroces circonstances, sachez-le, être partie prenante de la réinsertion de son assassin vous aidera à vous réparer. Cela dit, dans un premier temps – il faut y aller mollo, quand même –, c’est avec l’assassin de quelqu’un d’autre que vous lierez connaissance. Francis Heaulme ou Fofana ? Histoire de comparer et de trouver le bourreau des autres plus sympa, peut-être ? Relativiser, ça aide…

Eh bien, la justice réparatrice de Taubira est mise en pratique au Canada et s’appelle « justice restaurative ». L’avocat de la conductrice la pousse à son paroxysme : si l’accident a engendré des tragédies pour les garçons et leurs familles, c’est une tragédie aussi pour Sharlene, explique t-il. Et tout cela parce que les trois gamins n’ont pas utilisé correctement les freins ! Bref, ils étaient des cyclistes incompétents…

1,35 million de dollars pour un double syndrome de dépression et de stress post-traumatique quand on n’est pas fichu de manier correctement ses freins, est-ce bien suffisant ?

4 mai 2014

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