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Cinéma - Discours - Editoriaux - Histoire - Musique - Presse - Table - 26 novembre 2016

Tu ne tueras point : entre pacifisme et patriotisme

Douze ans après sa Passion du Christ pour le moins controversée, Mel Gibson revient à ses inspirations bibliques.

Judicieusement traduit par “Tu ne tueras point” pour les soins de la sortie française, Hacksaw Ridge, du nom de la bataille qui eut lieu sur l’île d’Okinawa durant la Seconde Guerre, vient tout juste de sortir sur les écrans.

Le film suit l’histoire (vraie) de Desmond Doss, objecteur de conscience américain qui, pour avoir sauvé près de 75 soldats, obtint la médaille d’Honneur des mains du président Truman.

Alors qu’il s’était volontairement engagé dans l’infanterie afin de satisfaire à son devoir de patriote, cet adventiste refusait catégoriquement de tenir une arme, ne fût-ce que pour se défendre des attaques de l’ennemi. Raison pour laquelle il officia en tant qu’infirmier au milieu de ses camarades de combat, exposé mieux que quiconque aux tirs des Japonais qui avaient pour habitude de viser en priorité le personnel médical…

Confronté dans un premier temps aux brimades et intimidations de ses compagnons, irrités par son aspiration à la vertu, Desmond Doss vit son état-major passer du mépris à la pitié, puis au respect eu égard à ses convictions, et enfin à l’admiration.

Le film, contrairement à ce que l’on pourrait penser, n’est pas antimilitariste, comme le furent Voyage au bout de l’enfer ou Full Metal Jacket. Les soldats n’affichent aucun plaisir sadique à accomplir leur besogne. Il n’est pas, non plus, antipatriotique, et cela explique sans doute les critiques négatives parues dans une certaine presse bien-pensante qui va du Monde à L’Obs en passant par Les Inrocks. Le personnage principal EST un patriote, il a choisi de faire la guerre pour être proche de ces jeunes gens qui, comme lui, ont décidé de défendre l’idéal de leur pays. En cela, ce film est un magnifique pied de nez à tous ceux qui, aux États-Unis comme en France, affirment que le patriotisme (pour ne pas utiliser le trop clivant « nationalisme ») est forcément belliqueux ou hostile à l’Autre.

Ce patriotisme ne connaît, par ailleurs, aucune démesure. Ici, point de drapeaux au vent – si tant est que ce fût condamnable – et point de discours lyriques. La musique n’est là que pour souligner le courage du héros sauveteur, et non pas tant celui des guerriers. À aucun moment l’adversaire nippon n’est diabolisé – bien au contraire. Les Japonais ont droit à leur instant de bravoure lorsque leur chef d’état-major réalise son seppuku après la défaite de son camp.

Il est, cependant, regrettable de voir Gibson succomber à sa tentation habituelle d’esthétiser l’horreur. Pierre Bost, en son temps, avait vu juste lorsqu’il disait de cette esthétisation qu’elle avait tendance à amoindrir la violence aux yeux du spectateur. Eugène Dabit prétendait même que ce type de films constituait la meilleure publicité qui soit pour la guerre !

Malgré tout, et en dépit d’une mise en scène somme toute prosaïque au début du récit, Mel Gibson livre une œuvre bien plus honorable de par son message chrétien que ce qui se fait actuellement chez n’importe quel héritier de la Nouvelle Vague à l’individualisme nihiliste.

Nous avons là, au contraire, le prototype même de ce que devrait être le cinéma : un divertissement du consensus, de l’exemplarité, affichant fièrement des valeurs majoritaires, comme le faisait jadis le cinéma classique, et comme le fait à présent le néo-classicisme auquel appartient sans conteste le film de Mel Gibson. Un film épique, très premier degré, qui s’assume de bout en bout et ne rougit pas de défendre des valeurs chrétiennes.

4 étoiles sur 5

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