« Tu casses, tu paies » : tout le monde est pour, personne n’y arrive

Entre blocages de lycées, violences urbaines et taxes, c'est souvent l'assuré qui règle la note, pas le casseur.
Capture d'écran X @afpfr
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« C'est pas le mineur qui paye, c'est les parents. Aujourd'hui, c'est aussi un problème de parents. » Le 2 octobre sur RTL, au lendemain d'une réunion avec les procureurs généraux, Gérald Darmanin a demandé aux parquets d'engager systématiquement la responsabilité civile des parents dont les enfants causent des dégâts lors des blocages de lycées.

La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a précisé qu'un projet de loi serait présenté « dans les plus brefs délais » au Parlement pour « demander à ceux qui cassent de payer les réparations, y compris si cela doit amener à piocher sur le revenu issu des aides sociales ». À droite de la majorité, la mesure est jugée trop timide. Sur X, Éric Ciotti a salué une annonce qui « va dans le bon sens », tout en réclamant d'aller « plus loin : couper les allocations sociales et retirer les logements sociaux ». Le groupe UDR a d’ailleurs déposé une proposition de loi en ce sens. Éric Zemmour et Sarah Knafo ont quant à eux proposé le rétablissement de la loi anti-casseurs, des peines planchers, un recouvrement par huissier « sur des années s'il le faut » et l'exclusion définitive des auteurs de violences de l'Éducation nationale.

La formule n'est pas propre aux lycées : « Tu casses, tu répares » était déjà le mot d'ordre scandé par Gabriel Attal lorsqu’il était Premier ministre, pendant sa déclaration de politique générale, puis par Jordan Bardella et Bruno Retailleau après les violences du sacre du PSG en Ligue des champions, le 30 mai : près de 800 interpellations, trois morts, 219 blessés, malgré 22.000 policiers mobilisés. Sébastien Lecornu en a tiré, le 14 juin, un projet de loi présenté le 16 septembre en Conseil des ministres, qui élargirait la responsabilité civile à tout participant à un attroupement violent sans qu'il ait lui-même rien brisé, une inversion de la charge de la preuve que des juristes jugent fragile au regard de la présomption d'innocence, et que le Conseil constitutionnel pourrait censurer.

Le mécanisme existe déjà, en réalité, depuis la loi anti-casseurs de 2019 : l'État peut se retourner contre un casseur identifié, même sans condamnation pénale. « Il faut un alignement parfait des planètes », confie un préfet à RMC. Pour le président de l'Union syndicale des magistrats, Ludovic Friat, le taux de recouvrement reste très bas, « parce qu'on s'adresse à un public qui n'a pas les moyens de payer » et parce qu'il faut d'abord prouver, dans le chaos d'un attroupement, qui, précisément, a allumé le feu ou brisé la vitre.

La facture retombe sur l'assuré, pas le casseur

Pendant que Sébastien Lecornu cherche à responsabiliser les participants aux attroupements, Bercy prépare de son côté de nouvelles taxes qui pèseront sur l'ensemble des assurés. Selon des informations du Monde, le projet de loi de finances 2027 prévoit une surtaxe de 200 millions d'euros sur les contrats d'assurance automobile, ainsi qu'une contribution « émeutes » de 0,8 %, pouvant grimper à 1,5 % par décret, sur tous les contrats d'assurance dommages des particuliers et des professionnels pour indemniser les territoires touchés, par le biais d'un fonds d'indemnisation publique, plus une hausse de deux euros de la « taxe attentat ».

Les comparaisons internationales, recensées par Le Point, montrent que la France n'a guère de meilleure option sous la main : au Royaume-Uni, les Britanniques appliquent le Riot Compensation Act de 2016, c'est l'État qui indemnise directement les sinistrés, au nom de son échec à maintenir l'ordre. En Allemagne et aux Pays-Bas, on se retourne vers les participants, avec des résultats modestes : à peine un condamné néerlandais sur cinq avait remboursé un tant soit peu, un an après les émeutes de 2021, alors que le gouvernement de Mark Rutte avait promis que les casseurs paieraient « jusqu'au dernier centime ». Et les émeutiers du Capitole n'avaient remboursé qu'environ 15 % des dégâts, trois ans et demi après les faits, aux États-Unis.

Entre le discours martial « tu casses, tu répares » et la mécanique budgétaire qui se met réellement en place, c'est le contribuable et l'assuré qui avancent l'argent, dans l'espoir d'un remboursement des casseurs qui, visiblement, de Rotterdam à Washington, peut toujours se faire attendre.

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Quitterie de Prémesnil
Etudiante en journalisme

Vos commentaires

83 commentaires

  1. Tant que la loi ne sera pas changée et que la sanction pour responsabilité collective ne sera pas appliquée, c’est, comme on le dit à Marseille, « pisser dans un violon ». C’est le contribuable qui en paye les conséquences.

  2. Sur toutes les images que nous avons pû voir, nous n’avons pas vu de retraités et pourtant ce sont eux qui seront pénalisé 2 fois. Baisse des pensions et paiement des dégâts occasionnés par une partie de cette jeunesse perdue. Les Anciens ont bâti et ces jeunes détruisent.

  3. « Tout le monde est pour, personne n’y arrive ».Etre pour est une chose. Le faire parce que c’est nécessaire c’est autre chose et dans ce domaine comme je passe mon temps à le dire, les moules qui sont aux commandes, n’osent, jusqu’au jour où le peuple dans des actions individuelles fera le travail.
    Au passage, « Quietterie » quel joli et ancien prénom!

  4. L’impuissance et le manque de volonté ; voilà ce qui caractérise nos sociétés , françaises , allemandes , anglaises , néerlandaises etc !
    Mais est ce que c’est voulu ou subi ?
    Une société démocratique peut tolérer une forme de remise en cause de l’ordre politique sous forme de rassemblements ou de manifestations , quelques débordements seront toujours à prévoir; mais pour ce qui concerne les lycées , les débordements ne sont pas des exceptions mais la règle et orchestrée en partie par LFI qui sans vergogne récupère un mouvement de jeunes et comble du cynisme pour se présenter comme les garants de l’avenir de ces jeunes . Sauf que cela commence mal pour eux et si les choses ne changent pas , leur avenir sera bien compromis , non pas par Marine Lepen ou Zemmour mais par cet horizon chaotique que pourrait leur réserver ces gauchistes qui ne leurs voudraient que du bien , enfin ,surtout du bien pour leur propre carrière . De toute façon et quoiqu’il arrive , ils pourront toujours se reconvertir entre députés de l »AN ou de l’UE, maires , sénateurs, présidents d’une ONG ou d’une agence bidon , conseiller en com , . Pour ces carriériste politiques de gauche , l’avenir est assuré , il y a même des opportunités à saisir chez les frères musulmans …

  5. Mais qui a jeté le cailloux dans un attroupement dites vous!, Mais on s’entend fiche: tu étais au milieu des laceurs de cailloux, tu est complice! Il me semble que le conducteur de la voiture qui permet aux braqueurs de s’échapper après leur forfait, sont considérés comme complice des braqueurs!, Pourquoi pas là? Ce n’est pas toi qui a lancé le caillou?: « balance ton pote! », sinon tu payes!

  6. Pollueurs payeurs, l’État est intraitable. Casseurs payeurs, l’État est totalement absent. Vous avez dit bizarre, c’est en effet bien étrange. Ajoutez-y l’individualisation de la peine voulue par nos gouvernants et le refus des mêmes de revenir sur l’excuse de minorité. Ajoutez-y un Conseil Constitutionnel hostile à toute mesure de nature à améliorer la situation et cela devient tout de suite plus limpide.

  7. Dissolution du Syndicat de la Magistrature ! Les « juges » qui rédigent et distribuent un livret expliquant aux racailles comment échapper à la justice doivent être démis de leurs fonctions, avec interdiction de retravailler dans la magistrature. C’est de l’invitation à la subversion. Ils seraient passibles de la Haute Cour pour atteinte à la sûreté de L’Etat.

  8. Il nous avait fait rire Gabriel, quand du haut de son poste, décidé à tout casser, il lança : « Tu casses, tu payes ». Ce tutoiement, anonciateur d’un relevage de manches décidé avait fait forte impression. Mais c’était déjà beaucoup, les manches sont vite retombées sur les poignets et les mains restées muettes. C’est que ce n’est pas si facile de faire payer les casseurs, d’atteindre leurs cassettes ou celles de leurs parents, et comment prouver que ce sont bien eux et pas les autres ? il y aurait, certes, des moyens qui pourraient être mis en oeuvre, des « décagouleurs de visages », des empreintes intangibles, mais cela demanderait des investigations lourdes d’aller à la source. Des mineurs ? mais donc irresponsables. Des parents ? mais cela fait longtemps qu’ils ne sont plus ensemble, qui sont eux-mêmes assistés, impuissants ou complices par désoeuvrement. On trouverait même des milieux aisés si on fouillait un peu. les fils de grands bourgeois, faisant payer à la société la réussite sociale et puante de leurs parents. Et même, si vous insistez, même si les juges s’en mêlent un peu pour de bon, où caser les casseurs puisqu’on vous dit qu’il n’y a plus de place. Vous n’allez tout de même pas les mettre avec des perpétuités qui leur donneraient le goût de très mauvaises manières !
    Regardez-donc la mine tristounette de notre ministre de l’Intérieur, admirez sa bonne volonté professionnelle, ne lui reprochez pas de mettre de l’huile sur le feu alors qu’il fait tout pour se tenir à carreaux, bien rester dans les clous macronistes que le locataire de l’Elysée en fin de bail plante avec la prudence des sioux : ne rien faire, contenir, ne pas mettre du feu au feu. Bel exploit pompiériste : le paon fait « pimpon, pimpon ». Les Français font : « enfin parti ! »

  9. Loi n° 70-480 du 8 juin 1970 dite loi anti-casseurs.
    Sanctions : Le texte permettait de condamner pénalement et pécuniairement des manifestants pour des violences commises par le groupe auquel ils appartenaient, même s’ils n’avaient pas personnellement commis d’infraction.
    Après l’élection de François Mitterrand à la présidence de la République, la loi est abrogée en décembre 1981 sous l’impulsion du garde des Sceaux Robert Badinter.
    Il suffit d’un décret pour la rétablir au lieu de perdre encore des mois, des années en palabres pour en créer une nouvelle.

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